75... ou plus ?

 Au lendemain de la Grande Guerre, quand chaque commune de France, de la plus petite à la plus grande, a voulu honorer ses morts par un monument qui permettrait d'inscrire leurs noms dans la pierre, s'est posée la question de la composition d'une liste que l'on espérait à la fois complète et définitive.

 

 Qui peut prétendre à cet honneur et qui doit en être écarté ? Quel événement de sa vie lierait de façon exclusive un individu à une commune ? Sa naissance ? Le temps plus ou moins long qu'il a passé dans cette commune ? Ses liens familiaux ?

 

 Dans la plupart des cas, on a décidé que le domicile de l'individu au jour de sa mobilisation prévaudrait. Tel soldat Mort pour la France aura son nom inscrit sur le monument et dans la mémoire de la commune où il vivait le jour de sa mobilisation.

 

 Cette règle en vaut une autre. Cependant, dans les années d'après-guerre, marquées par un deuil persistant, bon nombre de familles n'ont pu s'en satisfaire et les exceptions ont été nombreuses. Comment ne pas les comprendre ?

 

 A La Chevrolière aussi des « anomalies » apparaissent sur le Monument aux Morts et, davantage encore, sur les Tables Mémoriales de l'église. J'ai tenté de démêler ces nombreuses discordances.

 

 Mais, plus encore que celui des noms « ajoutés », se pose le problème douloureux des noms « oubliés ». Malheureusement, comme on le verra plus loin, il en existe aussi à La Chevrolière...

 

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 75... ou 87 ?

 

 « 75 Chevrolins Morts pour le France »... Ce sont ceux que l'on peut compter sur le Monument aux Morts de La Chevrolière. Pourtant, lorsqu'on entre dans l'église Saint Martin et qu'on a la curiosité de compter les noms inscrits sur les Tables Mémoriales de la paroisse, on n'en trouve pas 75 mais 87 ! Et si l'on pousse la comparaison un peu plus loin, on découvre de nombreuses différences entre les prénoms qu'on a lus sur le Monument aux Morts et ceux qu'on peut lire aux murs de l'église. Bien difficile de s'y retrouver ! Tout cela mérite quelques explications.

 

 

 70 des 75 noms du Monuments aux Morts se retrouvent sur les Tables Mémoriales de l'église :

 

 Pour 3 d'entre eux, qui étaient prêtres, sans leur prénom :

 - L'abbé Josnin n'est autre que Gabriel Ambroise Jean Baptiste Josnin

 - L'abbé Freuchet n'est autre que Léopold Eloi François Freuchet

 - L'abbé Bruneteau n'est autre que François Bruneteau

 

 Pour 7 autres avec deux prénoms différents, simplement parce qu'on a privilégié tantôt le prénom d'usage, tantôt le prénom de baptême :

 - Armand Barillère n'est autre que Fernand Barillère (Fernand François Jean Baptiste Armand)

 - Jean Baptiste Cormerais n'est autre que Pierre Cormerais (Jean Baptiste Pierre Marie)

 - François Freuchet n'est autre que Joseph Freuchet (François Marie Joseph Freuchet)

 - Antoine Guillon n'est autre qu'Edmond Guillon (Edmond Antoine Célestin Guillon)

 - Auguste Padiou n'est autre que Joachim Padiou (Joachim Auguste Stanislas Padiou)

 - Charles Richard n'est autre que Jean Charles Richard (Jean Charles Richard)

 - Joseph Richardeau n'est autre qu'Auguste Richardeau (Auguste Célestin Joseph Marie)

 

 Cinq des 75 noms du Monument aux Morts ne figurent pas sur les Tables Mémoriales de l'église : pour deux d'entre eux, Christophe et Louis Bouchaud, l'explication tient au fait que leur mère, veuve, avait sans doute quitté La Chevrolière pour retourner à Montbert, leur commune natale, avant que la paroisse ne dresse sa liste à l'été 1919 ; pour les trois autres, il s'agit peut-être d'un oubli pur et simple, ou bien leur absence s'explique-t-elle par le fait que ces 3 hommes n'auraient tout simplement pas été des « paroissiens », au sens strict du terme :

 - Christophe Bouchaud

 - Louis Bouchaud

 - Stanislas Bouron

 - Célestin Corbineau

- Joseph Corbineau

 

 

 Les différences réelles entre les deux listes concernent par conséquent 17 noms (87 – 70 = 17) qui figurent sur les Tables Mémoriales de l'église mais sont absents du Monument aux Morts :

 

 

A ce jour, nous avons trouvé une explication pour chacun d'entre eux. Cette explication tient le plus souvent au fait, exposé plus haut, que la règle générale était de n'inscrire sur le Monument que les noms des Chevrolins « Morts pour la France » qui habitaient dans la commune au jour de leur mobilisation. On trouve, toutefois, sur le Monument, plusieurs exceptions : Joseph Richardeau, Donatien Hervouet, Paul Padiou, par exemple.

 Pour les Tables Mémoriales de l'église, on a procédé de façon beaucoup plus libre, puisque c'est à l'initiative des familles que les noms ont été enregistrés au cours de l'été 1919. On a de ce fait ajouté les noms de natifs de La Chevrolière qui avaient quitté la commune, parfois depuis peu, au moment de leur mobilisation. Souvent ces noms figurent d'ailleurs également sur le Monument aux Morts de leur commune de résidence. On a ajouté aussi les noms de certains combattants réformés pour maladie et qui en sont morts quelque temps après, mais sans pouvoir prétendre à la distinction de "Mort pour la France"...

 

Voici leurs noms et les raisons pour lesquelles ils ne figurent pas aussi sur le Monument aux Morts de La Chevrolière :

 

 - 5 Chevrolins de naissance qui habitaient à Nantes au moment de leur mobilisation et dont les noms sont aussi inscrits sur les Tables Mémoriales de la ville de Nantes :

 Charles Henri René Janeau, né à La Chevrolière le 21/08/1888 et Mort pour la France le 26/08/14

 Auguste Armand Padiou, né à La Chevrolière le 24/07/1881 et MPLF le 27/04/1915

 Henri Emile Joseph Biton, né à La Chevrolière le 22/08/1884 et MPLF le 3/08/1915

 Joseph Pierre Perraud, né à La Chevrolière le 24/06/1881 et MPLF le 5/10/1915

 Jean Baptiste Lhomelet, né à La Chevrolière le 4/01/1883 et MPLF le 6/04/1918

 

 - 1 Chevrolin de naissance qui habitait à Nantes au moment de sa mobilisation et dont le nom a été oublié sur les Tables Mémoriales de cette ville :

 François Eugène Roquet, né à La Chevrolière le 28/10/1881 et MPLF le 16/06/1915

 

 - 3 Chevrolins de naissance qui habitaient dans une autre commune au moment de leur mobilisation et dont les noms figurent sur les Monuments aux Morts de ces communes :

 A Guérande : Emile Jean Marie Freuchet, né à La Chevrolière le 15/12/1889 et MPLF le 27/06/1916

  A Versailles : Fernand Henri René Hervouet, né à La Chevrolière le 7/07/1888 et MPLF le 31/08/1916

 Aux Sorinières : Marcel Clouet, né à La Chevrolière le 13/02/1891, combattant réformé en 1917, mort le 23/10/1918

 

 - 1 Chevrolin de naissance qui avait quitté La Chevrolière avant 1914 et qui résidait peut-être à Paris à cette époque :

 Georges Charles Jules Beillevert, né à La Chevrolière le 11/05/1879 et MPLF le 23/07/1918

 - 2 Chevrolins de naissance, frères, qui habitaient à La Chevrolière en 1914, qui ont combattu mais ont été réformés pour maladie, qui en sont morts mais ne pouvaient plus être déclarés MPLF :

 Julien Pierre Benjamin Corbineau, né à La Chevrolière le 23/02/1887, réformé en 1915, mort le 02/03/1916           

 Pierre Henri Jean Marie Corbineau, né à La Chevrolière le 21/03/1884, réformé en 1916, mort le 11/05/1917

 

 - 1 Chevrolin de naissance qui habitait bien à La Chevrolière en 1914 et qui a été oublié, de façon inexplicable, sur le Monument aux Morts de La Chevrolière :

 Constant Emile Auguste Padiou, né à La Chevrolière le 13/11/1896 et MPLF le 24/04/1918

 

 - 1 ancien Chevrolin, né à Legé, qui habitait à Nantes-Doulon depuis peu et dont le nom figure sur les Tables Mémoriales de Nantes :

 Philbert Joseph Marie Prudhomme, né à Legé le 7/06/1889 et MPLF le 25/09/1915

 

 - 1 ancien Chevrolin, né à Saint Aignan de Grand Lieu, qui habitait à Saint Philbert depuis peu et dont le nom figure sur le Monument aux Morts de cette commune (ce cas est resté longtemps énigmatique à cause d'une erreur de transcription de son nom) :

 Joseph Marie Pierre Collet (et non "Golet"), né à Saint Aignan le 1er avril 1896 et MPLF le 6 juin 1916

 

 - 1 Nantais, dont les parents habitaient à La Chevrolière, au Râteau, et dont le nom figure aussi sur les Tables Mémoriales de la ville de Nantes :

 Pierre Félix Dérasmé, né à Nantes le 15/12/1872 et MPLF le 19/08/1917

 

 - 1 soldat belge, qui avait épousé sa "marraine de guerre", une Chevroline, et dont le frère, réfugié à La Chevrolière, y est resté après la guerre :

 Léandre Deladrier, né le 28/07/1892 à Hainin (Belgique), mort le 6/11/1918

 

 

 

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 Les soldats oubliés

 

Un soldat chevrolin Mort pour la France et satisfaisant, pourtant, au fameux critère de la domiciliation au jour de la mobilisation est absent du Monument aux Morts de La Chevrolière. Il s'agit de Constant Padiou, évoqué plus haut, qui a au moins eu les honneurs des Tables Mémoriales de l'église.

On pourrait également évoquer le cas d'un deuxième Chevrolin qui aurait mérité, quant à lui, sinon de figurer sur le Monument aux Morts, au moins d'être inscrit sur les Tables Mémoriales de l'église : Joseph Pierre Jean Marie Quillaud, né à La Chevrolière le 14/12/1881, réformé pour maladie en décembre 1914 et mort le 30/04/1916. D'autres Chevrolins encore se sont retrouvés dans ce dernier cas. Nous tenterons bientôt d'en donner une liste complète et nous constaterons, vraisemblablement, qu'en additionnant toutes ces victimes chevrolines, au sens large, le total avoisinera la centaine...

 

 

 

 

Mis en ligne le 30 avril 2014

Corrigé et augmenté les 28 mai, 6 juillet, 27 août 2014 et 22 janvier 2015

grâce aux recherches et à la collaboration de Claude GAUDET

 

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