Le temps du souvenir (EBAUCHE)

(© P. AMELINE Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur)

 

Le propos de cet ouvrage était de raconter, à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, la vie de chacun de ceux dont les noms sont gravés sur le Monument aux Morts de La Chevrolière. Cet objectif atteint, il semble juste de revenir au "point de départ" pour traiter du monument lui-même et pour évoquer le « temps du souvenir » qui s'est ouvert dès le lendemain de la guerre.

 

 

 

Les toutes premières commémorations :

 

Les premières commémorations officielles apparaissent au cours de l'année qui suit l'Armistice. On doit citer d'abord le grand défilé de la Victoire du 14 juillet 1919 qui, à Paris, fait se succéder devant une foule immense les mutilés de la Grande Guerre, les maréchaux et les généraux, les armées alliées et, enfin, l'armée française. Les Chevrolins n'en ont eu connaissance que par la presse et certains seulement ont pu en voir quelques images dans L'Illustration...

 

Au cours de ce même mois de juillet, l'Union des Grandes Associations Françaises lance le projet d'une manifestation de reconnaissance nationale envers les soldats français : « Toutes les Communes de France vont remercier les Poilus par la voix des enfants des écoles. Émouvant anniversaire du Dimanche 3 Août 1919. Cinq ans après la déclaration de guerre avec l'Allemagne, au lendemain de la Signature de la Paix, fondée sur le triomphe du droit, il importe de payer à nos Poilus, à ceux qui sont morts comme à ceux qui vivent, le tribut de notre reconnaissance unanime ... La Journée du 3 Août sera la rançon de notre gratitude. Vive la République ! Vive la France immortelle ! »

 

Nous savons qu'un peu plus de 70% des 36 000 communes ont répondu à cet appel et ont commémoré le cinquième anniversaire du déclenchement de la guerre dans le courant du mois d'août. Ce fut le cas, par exemple, à Saint Philbert de Grand Lieu où l'on organisa une Fête de la Victoire le 10 août.

 

Mais qu'en a-t-il été à La Chevrolière ? Une cérémonie, un rassemblement y ont-il été organisés ? Nous l'ignorons. Ni le registre des délibérations du Conseil Municipal, ni la série H des archives de la commune, ni la presse n'en gardent en tout cas la moindre trace.

 

La même Union des Grandes Associations Françaises a également lancé une souscription nationale dans le but d'offrir le 2 novembre 1919, par l'intermédiaire des communes, un « Diplôme de la Reconnaissance » à chacune des 1 500 000 familles des soldats morts pendant la Grande Guerre ; les familles chevrolines ont reçu ce diplôme et certaines l'ont conservé jusqu'à maintenant.

 

 

 

Les Tables Mémoriales de l'église :

 

Près des autels latéraux de l'église paroissiale, à droite et à gauche, se trouvent deux plaques de marbre, de même facture, portant gravés les noms de 87 Chevrolins morts pendant la Grande Guerre sous l'inscription « La Paroisse de La Chevrolière à ses morts glorieux ». Nous avons déjà expliqué les différences existant entre cette liste et celle du Monument aux Morts sur la page « 75... ou plus ? »

 

 

On dresse cette liste dès l'été 1919 en faisant appel aux paroissiens. Dans Le Pays d'Herbauges du 24 août, qui paraît sous la responsabilité de l'abbé Gasnier, alors vicaire, on peut lire ceci  : « Aujourd'hui le bulletin publie la liste complète des enfants de La Chevrolière morts au champ d'honneur ou disparus dont les noms nous ont été donnés. Nous vous prions instamment de lire cette énumération afin de voir les erreurs ou les omissions qui auraient pu s'y glisser. Le dernier délai pour nous les signaler est fixé au dimanche 31 août. Passée cette date, il sera trop tard pour le faire. Que les familles intéressées s'en souviennent. » Suit une liste de 69 noms qui sera donc complétée, la semaine suivante, par 18 noms supplémentaires.

 

Vu la date de ce recensement et l'urgence de cette annonce, on peut supposer que la réalisation de ces plaques n'a pas tardé et que leur installation dans l'église s'est faite, au plus tard, au cours de l'année 1920, soit un an, environ, avant la construction du Monument aux Morts.

 

 

 

Le Monument aux Morts :

 

Le Conseil Municipal de La Chevrolière, déjà démarché par le sculpteur nantais Georges Perraud en février 1919 pour la construction d'un « monument aux morts pour la Patrie », donne son accord, à l'unanimité, lors de sa séance du 5 septembre 1920. Entre temps, une vaste souscription publique, à laquelle avaient participé quelque 440 donateurs, avait déjà produit la somme appréciable de 6000 Francs, représentant 60% du prix du monument. Le Conseil Municipal décide de la compléter en votant un crédit de 2000 Francs inscrits au budget additionnel de 1920 et en demandant l'accord du Préfet pour une rallonge de 2000 Francs « à prendre sur les ressources disponibles de la commune ».

 

Le 8 septembre 1920, le maire, Emmanuel Béranger, signe avec le sculpteur un contrat précisant la nature du projet, les matériaux à employer, les conditions de livraison et de paiement... A la fin octobre, Georges Perraud fait parvenir au maire ses premières esquisses ainsi qu'une maquette en terre.

 

En avril 1921, le sculpteur écrit au maire pour l'informer que « le monument est très avancé » et pour lui demander de faire prendre, rue Fouré, le soubassement en granit pesant « 1200 à 1400 kg ». Il faudrait le mettre en place au plus vite « pour donner le temps à la maçonnerie de sécher et de se rassir pour éviter le tassement » et ainsi pouvoir envisager la pose « fin mai commencement de juin ».

 

Cette échéance a-t-elle été respectée ou retardée ? En tout cas, le monument est en place au mois d' août 1921 puisque la municipalité reçoit la facture du graveur (817,75 F.) le 11 et fait acheter le 16, pour 300 Francs, chez Gouin-Goyer, au 1 place Royale, « une palme avec épée de bronze » qui doit venir décorer le socle. Le 21 septembre, le Conseil Municipal vote un supplément de 2000 Francs pour faire face à ces derniers frais ainsi qu'à ce qui reste à la charge de la commune : la maçonnerie, le transport, l'échafaudage et l'aide pour la pose, les plaques de marbre blanc...

Le même jour, le Conseil se prononce en faveur d'une demande de trophées de guerre (obus, chaînes) pour entourer ultérieurement le monument.

 

 

 

Les premières commémorations du 11 novembre :

 

On a vu qu'au lendemain de la guerre une certaine hésitation règne quant au choix d'une date de commémoration nationale : le 14 juillet, le 3 août, le 2 novembre, le 11 novembre ? La loi du 25 octobre 1919 prévoit que, chaque année, le 1er ou le 2 novembre, une cérémonie organisée par les municipalités sera consacrée, dans chaque commune, « à la mémoire et à la glorification des héros Morts pour la Patrie ».

 

Toutefois, sous la pression des anciens combattants, une nouvelle loi, votée le 24 octobre 1922, viendra compléter la première en faisant de l'anniversaire de l'Armistice un jour férié dédié à la commémoration de la Victoire et de la Paix.

 

Cette seconde manifestation, de plus en plus souvent organisée par les associations d'anciens combattants, va prendre de l'ampleur au cours des années 1920. A La Chevrolière aussi, comme on le voit dans l'article de presse ci-contre, la célébration du 11 novembre revêt beaucoup d'importance dès 1922.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mémorial de Sainte Anne d'Auray :

 

La mémoire des soldats chevrolins est également honorée sur le long mur de clôture qui ceint le mémorial de la Grande Guerre près du sanctuaire de Sainte Anne d'Auray. Construit de 1922 à 1932 par les catholiques des cinq diocèses de Bretagne, cet espace de recueillement et de commémoration, qui comporte une vaste crypte surmontée d'une imposante chapelle, garde le souvenir des 110 à 130 000 Bretons morts en 1914-1918. Si les noms de toutes les paroisses bretonnes sont inscrits sur le « mur du souvenir », seuls 8000 noms de Poilus représentent la totalité des victimes.

 

 

Pour La Chevrolière, on a mentionné le nombre des morts et fait graver dans le marbre les noms de deux soldats, Paul Guilet et Jean-Baptiste Pépin de Bellisle. Quelle logique a présidé à ce choix qui semble émaner des autorités paroissiales ? Sans document sur le sujet, on peut toutefois remarquer que ces noms sont ceux du premier et du dernier Chevrolins morts sur le champ de bataille et avancer l'hypothèse d'un choix symbolique, englobant ainsi toutes les victimes de la commune, de la première à la dernière.

 

 

 

 

(© P. AMELINE Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur)

 

 

 

 

 

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