Les Chevrolins "Morts pour la France" en 1914


 

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                                          1914                              

                         1 - Paul GUILET     2 - Joseph RICHARDEAU     3 - Léon DORE    

                  4 - Louis PADIOU     5 - Donatien HERVOUET    6 - Paul PADIOU    

                  7 - Célestin CORBINEAU     8 - Octave PERRAUD    

                  9 - Jean-Baptiste FREUCHET    10 - Jean-Baptiste LHOMELET    

                 11 - Emmanuel PADIOU

 

 

 

 

1 / 75     Paul GUILET, tué par qui ?

 

Paul Joseph Jean-Baptiste Guilet est né le 3 juin 1887 à La Tranchais dans la petite ferme de ses parents, Emile Guilet et Mélanie Dautais. Paul est le deuxième fils d'une fratrie qui comptera quatre garçons et trois filles. C'est son grand-père, Jean Dautais, et son oncle, Martin Chevalier, qui le déclarent à la mairie de La Chevrolière, le surlendemain de sa naissance.

A 19 ans on le retrouve valet de ferme au Plessis chez le vieux Mathurin Biton, 85 ans, et sa femme Jeanne Angebaud. En 1907, il passe devant le conseil de révision. Accusant 1m70 sous la toise, sachant lire, écrire et compter, il est déclaré bon pour le service. Il est incorporé le 6 octobre 1908 au 4ème Bataillon de Chasseurs à Pied, à Saint Nicolas, en Meurthe-et-Moselle. Près de deux ans plus tard, il est libéré, le 25 septembre 1910, avec, en poche, un certificat de bonne conduite. Il revient à La Chevrolière et habite quelque temps au bourg, 12 Grand Rue, avant de trouver un engagement à La Forêt, en Bouguenais, à la ferme de Jean Hervouet.

A l'été 1912, il revient travailler à La Tranchais, chez son père ou chez son frère aîné établi dans le même village. A peine est-il de retour qu'il est convoqué pour effectuer une période d'exercice militaire, du 29 août au 20 septembre, à Nantes, au 65ème Régiment d'Infanterie.

Il est âgé de 27 ans et toujours célibataire lorsque son père meurt, le 5 mai 1914, lui laissant peut-être la perspective de reprendre la modeste exploitation. Malheureusement la guerre éclate moins de trois mois plus tard et Paul Guilet est rappelé le 3 août.

Le 5, il quitte Nantes pour Paris avec le 265ème Régiment d'Infanterie. Il stationne à Pantin et Aulnay-sous-Bois, avant de repartir, toujours en train, vers Arras, le 25 août. Le 27, il connaît son baptême du feu en avançant vers Ginchy, dans la Somme, sous les tirs de l'artillerie ennemie. Le lendemain matin, alors que l'avant-garde reçoit l'ordre d'avancer pour stopper la percée allemande, l'artillerie française chargée d'appuyer sa progression n'allonge pas assez le tir et les soldats du 265ème se retrouvent sous le feu croisé des deux artilleries !

Paul Guilet fait partie de la centaine de tués1 que l'on dénombrera à Ginchy, en ce 28 août 1914. A-t-il été tué par les Allemands ? Rien n'est moins sûr...

Ses trois frères survivront à la guerre : ses deux cadets la feront de bout en bout, dans l'artillerie, tandis que son aîné, simple fantassin, sera "renvoyé dans ses foyers" comme père de six enfants, en décembre 1917. C'est ce dernier, Emile, qui poursuivra après guerre l'exploitation de la ferme familiale.

 

1 : Au soir de la bataille, les Allemands les feront sommairement enterrer dans une fosse à betteraves toute proche du cimetière de Guillemont, dans la plaine de Ginchy. Après guerre, les dépouilles de cette tombe collective ne seront pas déplacées et l'on construira sur cet emplacement un modeste monument où l'on peut encore lire, parmi tant d'autres, le nom de Paul Guilet...

 

Mis en ligne le 12 janvier 2014

 

 

 

 

 

2 / 75     Joseph RICHARDEAU, disparu corps et biens

 

Martin Richardeau et Madeleine Michaud étaient originaires de Saint Aignan et s'étaient installés, peu après leur mariage, à La Chevrolière où ils avaient de la famille. Ces modestes journaliers ont eu leur premier enfant à La Chaussée. Auguste Mathurin Joseph Marie Richardeau y est né le 11 juin 1893.

A 13 ans, il vit chez ses parents, avec sa petite soeur de 9 ans, Armance ; la famille habite désormais à La Michellerie. Plus tard, Auguste, que l'on appelle plutôt Joseph, s'éloigne de La Chevrolière et devient garçon boucher. Quand sonnent ses vingt ans et l'heure d'accomplir son service militaire, il se trouve à Montlouis-sur-Loire, près de Tours. Il est incorporé au 77ème Régiment d'Infanterie, à Cholet, le 27 novembre 1913. Il ne connaîtra plus la vie civile.

Le 5 août 1914, Joseph embarque en gare1 de Cholet. Il monte en Lorraine avec son régiment, puis prend la direction de Sedan et, le 20, franchit la frontière belge. Mais dès le 24 le régiment choletais doit battre en retraite devant la puissance de l'offensive allemande. Le 30 août, à Faux, dans les Ardennes, Joseph et ses camarades se livrent à "un combat acharné" mais doivent décrocher le soir même. Le lendemain, le 77ème "se porte dans les bois de Juniville et de Bignicourt ". C'est dans ces parages que le lendemain, 1er septembre, Joseph Richardeau disparaît sans laisser de traces, alors que son régiment, serré de près par les colonnes allemandes, doit poursuivre son repli.

Ses parents et sa soeur, installés maintenant à L'Ouche Brûlée, ignoreront pendant six ans ce qu'est devenu Joseph, jusqu'à ce triste jour d'automne où un arrêt du tribunal de Nantes, en date du 6 octobre 1920, met fin à leurs secrets espoirs : "Par jugement déclaratif, le décès d'Auguste Richardeau est fixé au 1er septembre 1914 "...

 

1 : Joseph Richardeau est quelque part sur ce quai. Il s'apprête à monter dans l'un des trois trains qui vont conduire les 3363 soldats du 77ème R.I. à Pont-Saint-Vincent, près de Nancy, où ils arriveront dans la journée du 7 août.

 

Mis en ligne le 17 janvier 2014

 

 

 

 

 

3 / 75    Léon DORE, tué au début de la Bataille de la Marne

 

Léon François Henri Doré est né le 12 janvier 1890 au Logis de Tréjet. Son père, Henri Doré, et sa mère, Reine Choblet, sont cultivateurs. Léon travaille déjà avec eux depuis quelques années quand sa mère meurt prématurément en février 1906. Il n'a que 16 ans. Vivent alors avec lui sous le toit familial, son père, son grand-père, deux frères de 5 et 8 ans, Marcel et René, une soeur de 11 ans, Marie-Aimée1 et deux domestiques.

Quand son temps arrive, il est incorporé au 93ème Régiment d'Infanterie, à La Roche-sur-Yon, en octobre 1911. Au terme de ses deux années de service militaire, il est maintenu un mois de plus sous les drapeaux, "par application de la l'article 33 de la loi du 21 mars 1905". Cet allongement, qui n'est pas exceptionnel à l'époque, s'explique par la montée des tensions internationales. Libéré en novembre 1913, il ne retrouvera la vie civile qu'à peine neuf mois avant d'être rappelé dès le 3 août 1914... 

Leon dore

Le 8 août, après deux jours de train, le 93ème arrive à Challerange, en Argonne, puis marche vers la frontière belge qu'il atteint le 16. Le 22, Léon Doré survit à la terrible bataille de Maissin, en Belgique, bataille à laquelle participent, entre autres, du côté français, dix régiments d'infanterie essentiellement composés de Bretons et de Vendéens. Après cette bataille s'amorce le repli général de l'armée française. Le 26, le 93ème participe encore à la contre-offensive, victorieuse mais sans lendemain, de Chaumont-Saint-Quentin, près de Sedan. Du 8 au 26 août, en moins de trois semaines, le régiment de Léon Doré a déjà perdu 40 % de ses effectifs ! 

La retraite se poursuit pendant près de deux semaines avec des combats d'arrière-garde particulièrement usants. Le 6 septembre, nous retrouvons Léon Doré au sud du département de la Marne, dans le petit village de Lenharrée où son régiment a bivouaqué pendant la nuit. Dès 5 heures du matin, la marche reprend pour former avant le lever du jour, à quelques kilomètres de là, une ligne de défense au nord de Fère-Champenoise. Léon Doré trouvera la mort au cours des violents combats qui feront rage autour de ces positions entre le 6 et le 10 septembre.

L'histoire retiendra que la résistance acharnée, le "sursaut", dont ont fait preuve les troupes françaises lors de la Bataille de la Marne, a permis de stopper puis de fixer les armées allemandes sur des positions qui évolueront peu jusqu'au printemps 1918.

Après la guerre, on retrouve le père de Léon, qui s'était remarié dès 1910 avec Augustine Janeau, au Logis de Tréjet, où il travaille désormais en compagnie de son gendre, François Visonneau, qui, après avoir fait la guerre au 5ème Cuirassiers, avait épousé Marie-Aimée en 1919.

René, le frère cadet de Léon, a lui aussi survécu à la Grande Guerre. Agent de liaison au 410ème R.I., il s'est illustré entre septembre et novembre 1918. Rentré à La Chevrolière avec une citation et la Croix de Guerre, il a épousé Alexandrine Doré en 1921 et s'est alors installé à Tréjet. Quant à Marcel, le benjamin, il épousera Eugénie Guilbaud en 1923 et rejoindra la ferme de ses beaux-parents à La Bûchetière.

Photo Vincent Doré (Coll. particulière).

1 : Léon, Marie-Aimée, René et Marcel étaient les cousins germains de Marguerite Doré qui épousera Eugène Doré (74/75) en 1913.

 

 Mis en ligne le 25 janvier 2014

 

 

 

 

 

4 / 75   Louis PADIOU, Croix de Guerre à titre posthume

 

Louis François Padiou est né à L'Angle le 6 février 1888. Il est l'aîné des six enfants d'un couple de cultivateurs, Louis Padiou et Philomène Boutin. Vers l'âge de 14 ans, il quitte la maison paternelle : il est placé comme valet de ferme à La Bourdinière, chez Pierre Guilbaud et Joséphine Choblet. Quelques années plus tard, ce grand gaillard d'1m78 effectue son service militaire à Nancy, au 69ème Régiment d'Infanterie, du 7 octobre 1909 au 24 septembre 1911. Il en revient avec le certificat de bonne conduite.

Le 11 jullet 1914, il assiste aux noces de sa soeur Emilienne avec Victor Courbet, un ébéniste originaire de Montrelais, sans se douter que moins d'un mois plus tard il serait mobilisé... Rappelé le 3 août 1914, il est incorporé au 64ème Régiment d'Infanterie, à Ancenis. Il participe avec son régiment à la bataille des Frontières, jusqu'en Belgique, puis au repli, en Champagne, et enfin à la terrible bataille de la Marne. Dans un message aux troupes daté du 5 septembre, le général Joffre, à la veille de son déclenchement, avait donné le ton : "Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place plutôt que de reculer..."

C'est au coeur de cette bataille cruciale, à Ecury-le-Repos, dans le secteur des marais de Saint Gond, qu'à une date incertaine mais comprise entre le 6 et le 8 septembre 1914, Louis Padiou fera, comme tant d'autres, le sacrifice de sa vie.

Il sera cité à l'ordre de son régiment en ces termes : "A fait vaillamment son devoir dès les premiers combats de la campagne. Tombé glorieusement en 1914 au cours de la bataille de la Marne." Inscrit à titre posthume au tableau spécial de la Médaille Militaire, on lui décernera, par arrêté ministériel du 8 février 1921, la Croix de Guerre avec Etoile de Bronze.

Mis en ligne le 20 février 2014

 

 

 

 

 

5 / 75   Donatien HERVOUET, le marchand de volailles

 

Arthur Donatien Marie Hervouet est né à Passay le 3 mai 1891. Il est le troisième enfant d'Edmond Hervouet et d'Aimée Josnin qui en auront six. Fils et petit-fils de marchands de volailles, sa voie est toute tracée. Déjà son frère aîné, Edmond1, est « monté à Paris » pour travailler chez un mandataire des Halles dont il reprendra, plus tard, la charge2. Vers l'âge de 19 ans, Donatien quitte à son tour Passay pour s'installer aux portes de Paris, à Clichy-la-Garenne, où il se déclare, lui aussi, « marchand de volailles ».

Peu après, en octobre 1912, arrivé à l'âge de la conscription, il est incorporé au 1er Régiment de Zouaves, au Fort de Saint Denis. Sans doute affecté au 2ème ou au 3ème bataillon du 1er R.Z., notre Passis part ensuite servir sous le soleil du Maroc. Les dates et la durée de son séjour en Afrique du Nord ne nous sont pas connues. A-t-il pu bénéficier d'une permission pour assister, en novembre 1913, au mariage d'Aimée, sa sœur aînée, avec Charles Cador, forgeron au bourg ? Rien n'est moins sûr.

Encore sous les drapeaux lorsque la guerre éclate, il rentre en Métropole avec ses camarades et débarque à Sète le 4 septembre 1914. Son bataillon et deux autres bataillons de zouaves, issus des 1er et 4ème R.Z., sont appelés à constituer ce que l'on va appeler provisoirement le « Régiment de Marche de Zouaves de la 3ème Brigade du Maroc3 ». La formation et la préparation de ce nouveau régiment issu de l'Armée d'Afrique se fait dans l'urgence, à Caudéran, près de Bordeaux, entre le 4 et le 12 septembre.

Le 13, Donatien et son régiment embarquent à destination de Clermont, dans l'Oise, où ils arrivent le 15 au matin. A peine débarqués, nos zouaves reçoivent l'ordre de se porter à Estrées-Saint-Denis, situé à une vingtaine de kilomètres ; ils y sont à 17 heures. Ce cantonnement sera de très courte durée. Dès le lendemain, au petit matin, le régiment de Donatien est appelé en renfort de la VIème Armée...