Georges, le jardinier (3)

 

(© P. AMELINE Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur)

En mars 1917, Georges et ses camarades du 256ème R.I. ont la surprise d'apprendre que les Allemands qui leur faisaient face se sont retirés et repliés stratégiquement sur une ligne de défense située à plusieurs dizaines de kilomètres : la ligne Hindenburg ! Il ne leur faut pas longtemps pour comprendre que tous leurs efforts de l'hiver ont été inutiles...

 

Ils entament alors, le 18 exactement, une poursuite à marche forcée. Pendant une semaine la progression est rapide : Vauchelles, Noyon, Chauny, Tergnier puis la rive droite de l'Oise et enfin les abords de La Fère sont atteints le 25 mars. Cependant, en se retirant, les Allemands ont pratiqué la politique de « la terre brûlée » et les paysages traversés par Georges et ses camarades sont plus que déprimants...

 

Du 1er au 5 avril, le 265ème doit livrer de « pénibles combats » pour avancer encore malgré «un temps épouvantable : pluie, neige, grêle, un vent glacial ; chaque nuit de fortes gelées, chaque jour des averses continuelles. Aucun abri : [ils campent], trempés, dans la boue que le froid durcit […]. Impossible de faire du feu, de se sécher, de réchauffer les aliments ; partout, les Allemands [les] guettent des hauteurs qui [les] dominent. La moindre fumée révèle aussitôt [leur] présence et attire un bombardement. Que peut être le sommeil ? »...

 

Le régiment de Georges va tenir ces positions, en les renforçant par des travaux nocturnes épuisants, jusqu'au 20 juin 1917. A cette date, il part au repos à Hombleux et Esméry-Hallon, près de Ham, où il reste pendant trois semaines. Cette période, ponctuée d'exercices de tir, mais aussi de temps de détente avec compétitions sportives et concerts « improvisés », et, pour certains, de permissions, se termine le 14 juillet quand le régiment prend la direction de Saint Quentin.

 

Pendant deux mois, le 265ème est chargé de l'organisation défensive d'un secteur de 5 km de long, s'étendant de Selency à Oestres et à Dallon. Georges assistera, de loin, avec ses camarades, au triste spectacle de l'incendie de la basilique de Saint Quentin, le soir du 15 août. Deux jours plus tard, le « Premier Jus » Freuchet fait partie d'un détachement envoyé pour quatre semaines à Saucourt afin d'effectuer des travaux de « charbonniers ». Ce « dépaysement », loin du front et de ses dangers, n'est sans doute pas pour lui déplaire...

 

De retour le 13 septembre, il quitte le front de l'Aisne avec son régiment, le 18, pour prendre, avec soulagement, la direction de la banlieue parisienne. D'abord enlevé en camions, le 265ème poursuit son chemin « à petites journées » de marche pour atteindre les environs de Louvres le 25 septembre 1917. Georges et son bataillon vont cantonner à Châtenay-en-France et y resteront près d'un mois.

 

Toutefois, cette longue période passée à l'Arrière ne sera pas inactive. Pour une fois, le journal régimentaire nous donne profusion de détails ! « Heures de service : Réveil 7h. Visite 9h. Repas 11h. et 18h. Appels 10h45 (lecture des ordres) et 21h. Extinction des feux 21h15. Les permissions du tour d'octobre commencent le 28 septembre. Elles sont de 10 jours. Taux prescrit 8 % ». Ce taux sera porté à 30 % le 5 octobre : Georges en a-t-il profité ? En tout cas, le programme d'instruction, auquel son bataillon est soumis, est lui aussi précisé : « Exercices de 8 à 10h. De 8h à 8h30, instruction individuelle. De 8h35 à 9h15, école de demi-section, de 9h25 à 10h, école de section. Soir, exercice de 14h à 16h30 ; de 14h à15h : exercice des spécialités ; de 15h15 à 15h50 : théories, causeries morales ; de 16h à 16h30 : jeux et sports. »

 

Nous ne savons pas si Georges a bénéficié de cette « excursion dirigée par un officier et comprenant 26 hommes organisée pour permettre de faire visiter Paris aux meilleurs soldats du régiment », ni s'il a participé, le samedi 20 octobre, au « concours dit du « Parfait Fantassin » organisé pour le régiment. Ce concours comprend deux parties : 1ère, Rapidité (course, combat à la baïonnette, lancer de grenades, tir au F.M.) ; 2ème, Précision (lancer de grenades). 14 prix offerts par le Général commandant en chef »...

 

Toujours est-il que, le 24 octobre, le 265ème embarque, à la gare de Louvres, dans quatre trains qui le conduisent vers une« destination inconnue » mais pas bien lointaine... En effet, c'est à nouveau dans l'Aisne, à la gare de Longpont, que nos soldats débarquent deux heures plus tard, alors que se déroule le dernier assaut d'importance de la bataille du Chemin des Dames, l'attaque victorieuse du fort de La Malmaison. Après avoir bivouaqué dans les creutes de Chassemy, Georges et son régiment montent, le 29 octobre, à l'arrière du front pour occuper, nettoyer et réaménager le vaste secteur allant de Vailly-sur-Aisne, à l'est de Soissons, jusqu'à Pargny-Filain et Chavignon, plus au nord.

 

Ces pénibles travaux, nocturnes pour la plupart, s'effectuent sur un sol totalement bouleversé et sous la menace quasi permanente de l'artillerie allemande qui, chaque jour, arrose nos soldats de nombreux obus. Après un mois de ce dur régime, le 265ème est relevé et va cantonner pour une semaine de repos autour de Missy-sur-Aisne. Il reviendra sur ses positions précédentes pour une quinzaine de jours avant de quitter définitivement le secteur le 22 décembre.

 

C'est à Septmonts que Georges et le 265ème passent le jour de Noël 1917 ainsi que le jour de l'an 1918. Voici ce que nous en dit l'Historique du régiment: « on organisa des séances récréatives avec le concours de la musique […] Des tombolas furent tirées dont les lots pendaient […] aux branches d'un petit sapin […] Des officiers, de généreux donateurs civils firent les frais des prix et des lots. Heureux qui gagnait une montre, un couteau, une bouteille de champagne ! Rien n'aurait manqué à l'agrément ni aux bienfaits de ces 15 jours de grand air, si le froid eût été moins rigoureux, la neige moins abondante et les baraques du camp de Septmonts un petit peu plus protectrices. A la messe de minuit, célébrée dans l'une d'elles, l'eau gelait dans les burettes, malgré le nombre des assistants et le poêle qui les enfumait. La musique, au concert de l'après-midi, fut priée de jouer des valses : on dansa pour se réchauffer »...

 

A SUIVRE

 

Mis en ligne le 31 mars 2019

 

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