Introduction


 

(© P. AMELINE Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur)

 

 

    PATRICK  AMELINE   

 

 

 

   LES CHEVROLINS MORTS POUR LA FRANCE   

   (1914 - 1918)   

 

 

   patrick-ameline.e-monsite.com    2018   


 

 

A la Mémoire de mes grands-oncles

Auguste et Henry AMELINE

Morts pour la France

                               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                   

                    Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit

 

                    Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places

 

                    Déjà le souvenir de vos amours s'efface

 

                    Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

                                                             

                                                                       

                                                                             Louis ARAGON

 

 

 

 


 

 

LE  PROJET

 

A l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, j'ai conçu le projet de présenter individuellement les 75 Chevrolins dont les noms sont inscrits sur le Monument aux Morts, mais dont plus personne, aujourd'hui, ne connaît l'histoire.

Ce long travail de recherche et d'écriture a consisté à publier progressivement, entre janvier 2014 et février 2018, une notice biographique pour chacun d'eux, notices rédigées à partir des éléments contenus dans différents fonds d'archives publiques et, pour quelques unes, à partir de souvenirs et de documents familiaux.

Ces textes, dont la publication était mensuelle ou bimensuelle, se voulaient "évolutifs" : ils pouvaient être remaniés, corrigés ou augmentés, au gré des éléments nouveaux que je découvrais ou que l'on m'apportait.

 

L'exposé du projet, mis en ligne en janvier 2014 :

"En cette année 2014 vont commencer les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, plus aucun acteur de cette tragédie n'est de ce monde et le souvenir des derniers survivants s'estompe déjà.

 A La Chevrolière comme ailleurs, aucun des noms gravés dans la pierre blanche de nos monuments n'évoque plus personne que l'on aurait pu connaître et dont on se souviendrait. Tous ces noms sont devenus, avec le temps, une abstraction collective : ils représentent, indistinctement, «les» victimes de la Grande Guerre ; des soldats «inconnus», en quelque sorte.

 Pourtant, chacun de ces noms inscrits au beau milieu de notre espace public a été porté par un individu de chair et de sang, à la fois ordinaire et singulier, qui a parcouru les lieux que nous parcourons, qui a grandi, travaillé, vécu, là où nous vivons, avant de connaître, à la fleur de l'âge, un destin tragique.

 Alors, qui étaient-ils ? Qui était chacun d'entre eux ? C'est le projet de ce travail : retrouver, rassembler, puis «faire parler» les traces éparses que ces hommes ont laissées dans les archives ; tenter de leur rendre un peu de l'épaisseur humaine qui fut la leur, essayer de reconstituer, à grands traits, leur éphémère trajectoire personnelle, dans l'espoir de les faire remonter, un tant soit peu, des profondeurs de l'oubli."

 

 

 

 

LA METHODE ET SES LIMITES

 

Tenter de raconter la vie des hommes dont les noms sont inscrits sur le Monument aux Morts commandait, en toute logique, de commencer par une enquête de terrain. Outre le monument, les autres objets commémoratifs de l'espace public méritaient d'être inventoriés et étudiés : les tables mémoriales de l'église paroissiale, celles de l'ancienne mairie, ou bien encore les plaques qui ornent certaines tombes du cimetière communal.

 

Cette enquête locale devait bien évidemment se tourner ensuite vers les familles chevrolines susceptibles de détenir des informations ou des documents à propos du grand-père ou du grand-oncle « mort à la guerre ». Dans cette perspective, le relais de la presse locale a été d'un grand secours ( https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/la-chevroliere-44118/14-18-un-blog-sur-les-chevrolins-morts-pour-la-france-2886914 ) surtout en direction d'une population déjà sensibilisée par l'approche des célébrations du Centenaire. La constitution par la municipalité, au même moment, d'un comité pour préparer cette commémoration a servi d' "amplificateur" et a permis de collecter de nombreux renseignements.

 

Cependant cette "enquête de proximité" présentait bien des lacunes. Un décalage de cent ans avec les événements s'avérait trop long pour retracer des vies dont les moindres témoins avaient déjà tous disparu. Lorsque les familles de nos poilus n'étaient pas purement et simplement éteintes, elles avaient, pour nombre d'entre elles, subi la dispersion géographique et les éclatements propres aux années 1970 et 1980. Dans ce contexte, de nombreux documents, écrits ou photographiques, avaient été irrémédiablement perdus tandis que la mémoire de « l'ancêtre mort en 14 » n'y était quelquefois plus cultivée ni même transmise.

 

Cinquante ans plus tôt, la même enquête aurait assurément été plus féconde, si, du moins, l'époque n'avait pas été dominée par une « mode » idéologique et culturelle qui frappait d'interdit la simple évocation de la Grande Guerre et rejetait avec mépris « l'esprit ancien combattant », quand elle ne les tournait pas tout simplement en dérision...

 

 

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Après cette première enquête, la recherche en archives s'est heureusement avérée beaucoup plus fructueuse et a fourni la plupart des éléments nécessaires à la rédaction de notices biographiques individuelles.

 

L'examen des archives municipales (série H) a permis de découvrir des documents nombreux, quoique d'intérêt inégal : circulaires préfectorales du temps de guerre et autres documents officiels, courriers échangés entre le maire et des habitants mais, surtout, nombreux télégrammes et courriers des autorités militaires annonçant la mort, la disparition, la blessure ou la captivité des soldats chevrolins. Les plus intéressants et les plus émouvants d'entre eux ont d'ailleurs été montrés à la population lors de l'exposition organisée par la municipalité du 10 au 16 novembre 2014.

 

Les archives paroissiales, aujourd'hui conservées au presbytère de Saint Philbert de Grand Lieu, ont été également explorées et le "livre de paroisse" a fourni quelques informations précieuses concernant le sort de certains soldats.

 

 

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Toutefois ces éléments restaient encore bien disparates et la consultation des archives départementales allait permettre de les relier, de les préciser, et de les compléter de façon décisive. Signalons à ce sujet l'admirable travail de numérisation et de mise en ligne réalisé par les Archives Départementales de Loire-Atlantique qui se situent, dans ce domaine, parmi les meilleures de France. Disons le franchement, sans ce remarquable service public et sans « l'outil internet », ce projet était voué à l'échec ! C'est la possibilité de travailler chez soi sans être contraint par de nombreux déplacements et des heures d'ouverture forcément restreintes, la rapidité des consultations et leur nombre illimité, qui l'ont rendu vraiment réalisable.

 

La recherche s'est alors poursuivie dans deux directions complémentaires : d'une part, la vie civile, familiale et professionnelle, des futurs soldats, d'autre part, leur parcours militaire. Les séries habituellement utilisées pour la généalogie (état-civil ancien, recensements nominatifs de la population, tables alphabétiques des décès de l'Enregistrement, mais aussi, quelquefois, délibérations municipales) ont permis de retracer assez précisément leur courte existence tandis que la série des registres matricules fournissait les grandes lignes de leurs parcours militaires. Ensuite, pour les étoffer, les archives militaires, mises en ligne par le Ministère de la Défense sur le site www.memoiredeshommes, ont constitué une ressource inestimable, en particulier les Journaux des Marches et Opérations des régiments d'infanterie.

 

Bien sûr, toutes ces pièces d'archives ont leurs points faibles. Les fiches-matricules, par exemple, ne disent rien des permissions, ne mentionnent pas l'hôpital où est transféré le soldat blessé ou en convalescence ; certaines fiches, reconstituées après guerre, peuvent également comporter des erreurs de transcription ; les journaux régimentaires, quant à eux, sont plus ou moins précis et détaillés...

 

 

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Au-delà de ces sources de première main, il faut signaler également toute une série de sources secondaires qui sont venues les compléter : des ouvrages écrits au lendemain de la guerre comme les multiples Historiques régimentaires ou Les enfants du Pays Nantais et le XIème Corps d'Armée, un département breton pendant la guerre, d'Emile Gabory, la presse régionale avec L'Ouest-Eclair, la presse des Anciens Combattants avec La Voix du Poilu, la presse paroissiale, même, avec Le Pays d'Herbauges, sans oublier certains forums Internet bien connus comme chtimiste.com ou encore forum.Pages14-18.com. La liste n'est pas exhaustive...

 

Cependant, malgré l'abondance et la diversité des sources, le travail biographique, aussi respectueux soit-il des règles de la recherche et de l'écriture historique, se heurte inévitablement à une limite infranchissable sur laquelle il convient d'insister en conclusion. Il s'agit bien sûr du for intérieur, des sentiments, des émotions et des opinions personnelles de ces 76 Chevrolins face à la tourmente qui les a emportés. Sauf pour le caporal Josnin dont quelques réflexions nous sont parvenues grâce au livre de son ami Alcime Bachelier, nous ne savons rien de leurs réactions d'homme dans les petites comme dans les grandes misères qu'ils ont dû affronter... Aussi, pour se garder scrupuleusement des surinterprétations, des clichés et des discours convenus, les notices biographiques n'en diront rien.

 

 

 

 

 

LE BILAN HUMAIN DE LA GRANDE GUERRE

A LA CHEVROLIERE

 

Comme toutes les communes de France, La Chevrolière paya un lourd tribut à la Grande Guerre. Le Monument aux Morts et les tables mémoriales de l'église Saint Martin nous le rappellent : 75 Chevrolins ont été déclarés "Morts pour la France".

En comparant ce chiffre effrayant avec ceux des communes voisines et si on le rapporte aux 2078 habitants recensés en 1911, on doit toutefois remarquer que La Chevrolière, avec un taux de pertes de 3,61 % se situe un peu en dessous de la moyenne départementale (3,87 %). Proportionnellement, la commune enregistre moins de victimes que les communes environnantes (Saint Philbert : 4,13 %, Pont Saint Martin : 4,86 %, et jusqu'à 5,53 % à La Limouzinière). Par rapport au nombre de soldats mobilisés, estimé aux alentours de 460, le taux des soldats "morts à la guerre", avoisine celui de la Loire-Inférieure, soit environ 16 %.

Si l'on observe ensuite la périodicité de ces pertes, on s'aperçoit qu'elle coïncide avec celle que l'on constate pour la Loire-Inférieure et pour le pays tout entier, l'année 1915 ayant été la plus tragique : on dénombre 11 victimes en 1914, 24 en 1915, 15 en 1916, 8 en 1917, 17 en 1918 et encore une en 1919. Septembre 1914 et juin 1915 seront les mois les plus meurtriers avec 6 morts chacun, tandis qu'on ne déplorera aucune victime chevroline pendant les trois premiers mois de 1917 ou entre novembre 1917 et janvier 1918.

Mais plutôt qu'affaire de chiffres la guerre est d'abord affaire d'hommes, affaire de vie et de mort. Près d'un demi-millier de jeunes Chevrolins ont été mobilisés à partir du 1er août 1914. Heureusement, la plupart sont rentrés. Mais beaucoup sont revenus blessés, malades, invalides, et tous sont revenus traumatisés par ce qu'ils ont vu et vécu. Dans ce bilan humain, on ne saurait oublier les vingt-trois "veuves de guerre" et les trente-neuf orphelins, "pupilles de la Nation", que comptera la commune...

Ajoutons enfin que tous les villages, tous les hameaux, du territoire communal, toutes les familles, presque sans exception, ont été touchés par ce désastre unique dans notre histoire.

Vous trouverez donc dans les pages suivantes, et selon l'ordre chronologique de leur disparition, les notices biographiques1 des Chevrolins qui ne sont jamais revenus.

 

1 : Elles sont classées par année de décès. Reportez vous au Menu pour choisir l'année qui correspond à votre recherche. Les chiffres en exposant renvoient à des notes de bas de notice. Pour accéder aux illustrations distantes, cliquez sur les mots en surbrillance (soulignés).

 

 

 

La Cocarde du Souvenir (Source : A.M.C.)

créée en 1916 pour marquer les tombes provisoires des combattants français.

 

 

 

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