Les Chevrolins

 

 

(© P. AMELINE Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur)

 

 

                                1918                           

                  59 - Emile PADIOU   60 - Stanislas TEMPLIER   61 - René MORICEAU

                  62 - Emmanuel BACHELIER    62bis - Constant PADIOU

                  63 - François BRUNETEAU   64 - Christophe BOUCHAUD

                  65 - Léopold FREUCHET   66 - Donatien GUILET   67 - Ambroise JOSNIN

                  68 - Ludovic VISONNEAU   69 - Jean Baptiste CORMERAIS

                  70 - Charles RICHARD   71 - Jean-Baptiste PEPIN DE BELLISLE

                  72 - Marcel HERVOUET   73 - Eugène FREUCHET

                  74 - Eugène DORE  

             

 

 

 

59 / 75   Emile PADIOU, dans l'hiver alsacien

 

 

 

Emile François Padiou naît le 17 mai 1884 à La Chaussée. Il est le troisième d'une fratrie de huit enfants issus du mariage d'Armand Padiou, « jardinier », avec Anna Guihéneuf, une « étrangère » native de Missillac. Pour une raison que nous ignorons, le père d'Anna, Yves Guihéneuf, charpentier de son état, et son frère, François, « comptable, domicilié à Nantes, quai de Versailles » se trouvent à La Chevrolière le jour de la délivrance et sont invités à signer l'acte de naissance du petit Emile. Une fille, Anne Marie, née en 1880 et un garçon, Armand, né en 1881, l'ont précédé. Il sera bientôt suivi par trois autres sœurs, Adélaïde, en 1885, Joséphine, en 1887, Angèle, en 1888, puis par deux autres frères, Henri, en 1890 et Gustave, en 1891.

 

Comme on le sait, les Padiou sont nombreux dans la commune au tournant du XXème siècle et il est nécessaire de resituer Emile par rapport à ceux dont nous avons déjà parlé. En fait, notre Emile est le cousin germain de Louis et d'Auguste Padiou, pères respectifs de Louis (4/75), pour le premier, et de Georges (57/75) et Constant (62bis/75), pour le second. Les autres, Emmanuel (11/75), Paul (6/75) et Auguste (41/75), semblent être des cousins beaucoup plus éloignés.

 

En 1895, la famille est affectée par le décès du petit Henri, alors âgé de 5 ans. Quelques années plus tard, Emile est peut-être placé comme domestique agricole, à moins qu'il ne soit déjà employé à Nantes puisqu'il y est domicilié au moment de passer devant le conseil de révision, en 1904. En tout cas, il y effectue son service militaire, au 65ème Régiment d'Infanterie, d'octobre 1905 à septembre 1907. Peu après sa libération, il quitte La Chevrolière pour Saint Nazaire où il se fait embaucher comme « jardinier » au Grand Collège de la rue Villès-Martin. Il y reste trois ans. C'est à cette époque qu'il rencontre une jeune femme de Pornichet, Marie Léonie Chaignard, qu'il épouse le 9 septembre 1911.

 

Le jeune couple quitte alors Saint Nazaire pour le Morbihan. On les retrouve à Moustoir-Ac, près de Locminé, où naît leur fille, Emilie, en avril 1912. Mais dès l'automne suivant, les Padiou déménagent à nouveau pour Saint Martin des Champs, dans la Manche, où Emile est engagé par le comte du Cor de Duprat... Il est difficile de deviner les raisons de ces déplacements rapprochés qui vont finalement ramener toute la petite famille à La Chevrolière vers la fin de 1913.

 

Dans l'intervalle, son frère aîné, Armand, charron de formation, a définitivement quitté La Chevrolière pour Vertou, d'abord, puis pour Nantes où on le retrouve dans le quartier Saint Clément puis rue Haudaudine 1. Gustave, le plus jeune, est parti lui aussi, comme cocher, à Saint Nazaire. Emile est le seul des trois frères que la guerre surprendra à La Chevrolière... Agé de 30 ans, il est rappelé dès le 3 août 1914 au régiment qui l'a formé.

 

Emile Padiou combat dans les rangs du 6.5 jusqu'à la fin février 1917. Il est sur tous les champs de bataille où paraît le régiment nantais : les Ardennes belges, la Marne, la Somme, l'Artois, la Champagne, Verdun... Le 28 février 1917, pour des raisons inconnues, le soldat Padiou passe au 9ème Bataillon de Marche du 111ème R.I. avant d'être réorienté, dès le 23 mars, au 15ème Régiment d'Infanterie, 3ème bataillon, 10ème compagnie. Pendant que ses compagnons du 65ème R.I. prennent la direction du Chemin des Dames, il rejoint son nouveau régiment à Ville-sur-Cousances, situé à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Verdun.

 

La 32ème Division d'Infanterie à laquelle il appartient reste en arrière du front, occupée à différents travaux de défense et de soutien, jusqu'au 12 avril, date à laquelle le 15ème R.I. remonte en ligne au « quartier Huguenot », sur le plateau de Pommerieux, entre Esnes et Avocourt. Après avoir tenu ces positions sous les tirs réguliers de l'artillerie allemande, le régiment d'Emile est relevé le 23 juin et envoyé au repos à Brachay, près de Wassy, dans la Haute Marne.

 

Le 25 juillet, il remonte vers le front et stationne au camp des Clairs Chênes avant d'aller effectuer des travaux pour le compte de la 63ème division aux Bois Bourrus et au Bois Bouchet où une centaine d'hommes sont « intoxiqués par les gaz » début août. Le 5, le régiment se replie à Ippécourt. Le bataillon d'Emile remonte en ligne le 24 août dans le secteur du Mort-Homme où il doit faire face à une « grande activité de l'aviation et de l'artillerie » ennemies et se livrer régulièrement à des patrouilles nocturnes.

 

Le 3 octobre 1917, le 15ème R.I. quitte définitivement le théâtre d'opération de Verdun. Pendant que son régiment prend la direction de la Haute-Saône, Emile bénéficie d'une permission qui lui permet de passer quelques jours à La Chevrolière et d'y retrouver, pour la dernière fois, sa femme et sa fille de 5 ans... Il réintègre ensuite son bataillon à Montjustin, près de Vesoul. Ce cantonnement de repos dure jusqu'au 27 octobre. Empruntant alors la trouée de Belfort, le 15ème R.I. fait mouvement, « par voie de terre » vers Chavannes-sur-l'Etang, dans le Haut-Rhin où il effectue des travaux de défense et d'entretien jusqu'au 14 décembre. Emile et son régiment sont alors appelés à rejoindre le front des Vosges et le secteur du Violu : « le trajet est pénible à cause du froid intense »...

 

Le 23, ils arrivent à Corcieux, au dessus de Saint Dié ; le 3ème bataillon cantonne à Ruxurieux. Le jour de Noël 1917, ils doivent rejoindre leurs positions de combat mais « le départ primitivement fixé à 8h est retardé en raison de la rigueur de la température. La soupe est mangé avant le départ. La marche est rendue très pénible par la neige tombée en grande abondance pendant la nuit et par le verglas ». Heureusement, le secteur est calme...

 

Le 14 janvier 1918, le régiment d'Emile est relevé et reprend la direction du Territoire de Belfort appelé alors, depuis l'annexion de l'Alsace-Lorraine, "arrondissement subsistant du Haut-Rhin". Il cantonne à Rougemont-le-Château avant de monter en ligne, le 3 février, près de Roderen et de Michelbach sur le front du Sundgau. Le 14, Emile et son bataillon sont relevés et vont cantonner à Bourbach-le-Bas. Dans la nuit du 22 au 23 février, dès 1h30, ils font mouvement vers la ligne de front pour participer à l'attaque programmée du village d'Aspach-le-Bas qu'il s'agit de reprendre à l'ennemi. Malheureusement, des tirs d'artillerie aussi soutenus qu'imprévus retardent l'attaque et des survols de l'aviation allemande éventent la manœuvre. L'attaque n'est déclenchée qu'à 15h45...

 

Voici ce qu'en dit le journal du régiment : « Malgré l'élan des troupes, leur volonté d'atteindre les objectifs et de remplir leur mission, la progression est enrayée partout par des feux puissants de mitrailleuses. Devant l'impossibilité de progresser, les deux chefs de bataillon prennent alors [il est 17h] la décision d'attendre la nuit accrochés au terrain, pour rentrer dans nos lignes. Le mouvement de repli s'effectue à la faveur de l'obscurité […] La rentrée de tous les éléments dans nos lignes a été longue en raison du grand nombre de blessés à transporter, de la longueur du trajet, de la marche difficile dans les terrains où l'on enfonçait jusqu'au genou et où il fallait huit hommes par brancard, de l'étendue de la zone à fouiller ; tout le possible a été fait dans cet ordre d'idée, malheureusement tous les corps des tués n'ont pu être ramenés...»

 

De fait, c'est là, au pied des Vosges, qu'Emile Padiou disparaît, comme 33 autres soldats de son régiment, au cours de cette funeste journée du 23 février 1918... Comme son corps n'a pas été retrouvé et qu'il subsiste une chance, certes très mince, qu'il ait été fait prisonnier, c'est un avis de disparition que le 15ème R.I. adresse au maire de La Chevrolière dans le courant du mois de mars. On ne sait pas comment Marie Léonie, alors enceinte de cinq mois, reçoit la nouvelle...

Nourrit-elle encore quelque espoir lorsqu'elle accouche d'un fils le 1er juillet ? Prénommé Emile 2, bien sûr, l'enfant est déclaré à la mairie par sa tante, Anne Marie, « à défaut du père » dont on est toujours sans nouvelles...

 

Au lendemain de la guerre, on retrouve la veuve et les deux enfants d'Emile à La Chaussée. Marie Léonie s'y déclare « journalière ». Le 22 novembre 1921 tombe le jugement entérinant la mort de son mari à la date de sa disparition... Quelques années plus tard, vers 1927, "Marie Emile", comme la surnomme désormais son entourage, se remariera avec Ludovic Douaud, « facteur des Postes », qui, gravement blessé à la bataille de la Marne, est rentré dès 1915 avec un bras paralysé. De ce second mariage naîtra Jeanne Douaud, en 1929.

 

 

1: Il disparaîtra dans la Meuse, en 1915, et son nom sera gravé sur les Tables Mémoriales de la ville de Nantes.

2: Emile Padiou fils décédera en 1942, à l'âge de 23 ans.

 

 

Mis en ligne le 16 septembre 2016

 

 

 

 

 

60 / 75   Stanislas TEMPLIER, le tonnelier de Tréjet

 

 

 

Stanislas Jean Marie Templier voit le jour à Tréjet le 15 août 1881. Il est le quatrième et dernier enfant d'un couple de cultivateurs, Jean Templier et Marie Quillaud, qui ont déjà perdu deux fils en bas-âge en 1877 et 1879. Seule subsiste, aux côtés du nouveau-né, Marie Reine, sa sœur, née en 1878. Vers l'âge de 14 ans, celle-ci quitte la maison paternelle et devient domestique chez Pierre Bachelier à La Landaiserie.

 

Peu après, autour de 1895, les Templier prennent sous leur toit une nièce âgée de 9 ans, Célestine. C'est sans doute à cette époque que Stanislas commence à partager son temps entre le travail agricole sur la petite exploitation familiale et l'apprentissage du métier de tonnelier. Ils sont alors six sur la commune à manier la « colombe » et la batissoire mais on peut penser que c'est vraisemblablement à Tréjet même, chez Auguste Corbineau, que Stanislas apprend à fabriquer les futailles.

 

Au printemps 1900, Stanislas perd sa mère puis voit son père, dès l'hiver suivant, se remarier avec Philomène Coeslier, de La Michellerie. Pour lui, est arrivé le temps de la conscription et du passage devant le conseil de révision qui l'exempte, au printemps 1901, pour « myopie et faiblesse de tempérament ». Il quitte alors la maison de son père mais reste à Tréjet où il s'installe à son compte. A bientôt 25 ans, le 30 avril 1906, Stanislas épouse Marie Joséphine Ferré, fille d'un cultivateur de La Rairie, à Pont-Saint-Martin. Le jeune couple s'installe alors au bourg de La Chevrolière où naît bientôt leur premier enfant, Raymond, en 1909. Les affaires de Stanislas vont bien. Il a même assez de travail pour embaucher un « ouvrier cerclier », François Jolly, originaire du Cellier.

 

Quand la guerre éclate, l'existence de l'atelier ne semble pas remise en cause ; Stanislas et son ouvrier n'ont-ils pas été, l'un et l'autre, exemptés du service militaire ? Comment pourraient-ils être mobilisés ? Malheureusement, on sait que l'espoir d'une guerre rapide fait long feu et que l'été puis l'automne 1914 sont particulièrement meurtriers. Contre toute attente, Stanislas est reclassé « Bon service armé » par le conseil de révision du 14 décembre 1914, tout comme venait de l'être son ouvrier la semaine précédente...

 

Deux mois plus tard, en février 1915, la tonnellerie ferme ses portes. Alors que Stanislas vient juste de perdre son père, les deux hommes sont appelés à deux jours d'intervalle, François Jolly au 147ème R.I., replié à Saint Nazaire, et son patron, le 24 février, au 2ème Régiment d'Infanterie Coloniale. Stanislas doit quitter La Chevrolière, y laisser son épouse enceinte de sept mois et son fils de 5 ans pour rejoindre Brest dès le lendemain....

 

Très vite, les cadres de la compagnie d'instruction s'aperçoivent que la très mauvaise vue de notre Chevrolin ne leur permettra jamais d'en faire un combattant. Un mois et demi après son arrivée à Brest, Stanislas est réformé par une commission spéciale pour « insuffisance d'acuité visuelle » et deux jours plus tard, le 15 avril, il est reclassé « service auxiliaire ». Comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, il apprend, le 18, que Marie Joséphine vient de lui donner un deuxième fils. Il obtient aussitôt, à la faveur de cet heureux événement, une permission de trois jours qui lui permet de déclarer lui-même la naissance du petit André...

 

Stanislas retourne ensuite à la caserne Fautras de Brest afin d'y rendre son paquetage. Vers la fin avril, il est « renvoyé dans ses foyers, dans l'attente d'une affectation ». Il a la chance de passer le printemps et le début de l'été à La Chevrolière au milieu des siens. Peut-être y apprend-il la mort de son ancien ouvrier, « tué à l'ennemi » le 8 juin, dans la Meuse ? D'ailleurs la guerre le rattrape bientôt. Le 5 août 1915, Stanislas est « rappelé à l'activité » dans les services auxiliaires et affecté à la 11ème Section des Commis et Ouvriers militaires d'Administration, à Nantes.

 

Il existait alors 21 sections de C.O.A., une par région militaire et corps d'armée. Chargés, avec les Escadrons du Train des Equipages Militaires, de l'intendance, du ravitaillement en vivres et en munitions, leurs fonctions étaient multiples et s'exerçaient aussi bien à l'Arrière qu'au contact du Front. A la différence des unités combattantes, les sections des C.O.A. ne pouvaient pas tenir de « journal » étant donné la diversité de leurs missions et la dispersion géographique de leurs éléments. L'absence de ce précieux outil ne nous permettra donc pas de suivre, même de loin, les déplacements et les activités de Stanislas...

 

Nous savons cependant qu'il passe, le 13 novembre 1916, à la 15ème Section de C.O.A. Il quitte alors la région de Nantes où il était depuis plus d'un an et où il avait peut-être pu bénéficier d'occasions plus fréquentes de revoir sa famille, pour celle, très éloignée, de Marseille ! Fait-il alors valoir ses charges de famille pour demander à en être rapproché ? Fait-il jouer quelque relation ? Toujours est-il qu'il est redirigé sur la 5ème Section de C.O.A., basé à Orléans, dès le 21 décembre 1916.

 

Voici ce que dit l'Historique de la 5ème Section des C.O.A., publié après-guerre, à propos de l'unité dans laquelle Stanislas a servi pendant les 15 derniers mois de sa vie : « Dès que les nécessités de la Défense nationale eurent exigé l'accumulation de masses de troupes sur toute l'étendue du front menacé, la lourde tâche de leur procurer tout ce qui était nécessaire à leur entretien s'est dressée aussitôt, impérieuse, devant le service de l'intendance. Drainer les ressources du territoire, [...] les rassembler sur certains points, les diriger ensuite sur l'avant et en assurer la distribution à chacun, tel a été son rôle. A ce rôle, participèrent avec entrain et dévouement les C. O. A. de la 5e section, les uns réunis dans les grands centres d'approvisionnement, les autres dispersés sur les lignes de communication jusqu'au front de combat. »

 

Stanislas et ses camarades étaient affectés à de grands magasins d'approvisionnement installés près de gares importantes, ou bien à des entrepôts, des « parcs de regroupement de bétail », ou encore des « boulangeries de guerre », qui leur étaient rattachés. Ils devaient aussi assurer « l'alimentation des troupes transportées en chemin de fer, soit qu'elles aillent renforcer celles du front ou que, composées de malades et de blessés, elles soient évacuées sur l'intérieur. »

 

Mais au début du mois de mars 1918, dans des circonstances que nous ignorons, Stanislas Templier tombe brusquement malade. Il est immédiatement transporté à l'hôpital complémentaire n°31 aménagé dans l'ancien grand séminaire de la ville de Sens, dans l'Yonne. C'est là qu'il meurt, le 12 mars, à 22h15, d'une « méningite aiguë contractée en service »...

 

Au lendemain de la guerre, la veuve et les deux fils de Stanislas vivent toujours au bourg de La Chevrolière. En février 1922, Marie Joséphine, qui va maintenant sur ses 40 ans, épouse Bénoni Moriceau, « propriétaire viticulteur », et ouvre un salon de coiffure. Quelques années plus tard, en 1926, le malheur la frappe à nouveau : son fils aîné, Raymond, meurt à l'âge de 17 ans. Son fils cadet, André, deviendra quant à lui le garagiste estimé dont les anciens Chevrolins se souviennent encore.

 

Mis en ligne le 7 octobre 2016

 

 

 

 

 

 

61 / 75   René MORICEAU, « disparu devant Noyon »

 

 

 

François René Henri Joseph Moriceau est né à La Freudière le 28 mars 1897. Comme son frère Henri (53/75), déjà évoqué, il suit ses parents cultivateurs à La Planche Bru, où naît leur frère Marcel (1901-1928) au tournant du siècle, puis à La Chaussée avant 1906. A cette date René travaille déjà aux côtés de ses parents pendant qu' Henri apprend le métier de charron chez Léon Douaud.

 

Quand la guerre éclate, la situation de la famille Moriceau, qui avait recueilli entre temps la tante Philomène, « désormais tout à charge », mais qui bénéficiait du soutien régulier d'Henri, devient subitement précaire. Ce dernier est en effet appelé début septembre 1914 au 35ème Régiment d'Artillerie. René, qui a maintenant 17 ans, et Marcel qui en a 13 devront suppléer à l'absence de leur frère aîné.

 

Cette situation est bouleversée quand, à son tour, René, qui n'a pas encore 19 ans, est appelé sous les drapeaux le 7 janvier 1916. Etant donné la tournure qu'a pris la guerre et pour éviter la pénurie d'hommes, la classe 1917 à laquelle il appartient, est appelée par anticipation avec 21 mois d'avance ! Dès le lendemain, René Moriceau est incorporé au dépôt du 93ème Régiment d'Infanterie, à La Roche-sur-Yon.

 

A ce moment de la guerre, la durée de l'instruction des jeunes recrues varie d'un régiment à l'autre en fonction du nombre des pertes subies, mais s'étale, en moyenne, sur quatre à six mois. On peut donc penser, mais sans certitude, que René rejoint le front, ou bien début mai 1916 à Mourmelon où son régiment tient le secteur calme du Vallon, ou bien début juin à Verdun où le 93ème est arrivé le 8...

 

Il y retrouve d'autres Chevrolins et y vit les mêmes misères qui ont pour noms Thiaumont, les Côtes de Meuse, La Laufée, Tavannes, le Fort de Vaux, Damloup, le Bois des Caurrières, Bezonvaux, où tombe Georges Corbineau (50/75) le 20 décembre, la Côte du Poivre... Le 14 février 1917, le régiment de René quitte enfin Verdun pour une période d'instruction et de repos au camp de Mailly, dans l'Aube.

 

Le 11 mars, le 93ème R.I. reçoit l'ordre de faire mouvement vers Meaux, puis le 23 vers Le Chemin des Dames. Enfin, le 29, il remonte en ligne dans le secteur du Banc de Pierre, au nord de Soissons. Le 6 avril, il redescend vers Le Plessier-Huleu et Branges pour une courte période de repos. A partir du 16 avril 1917, René et ses camarades figurent au nombre du million d'hommes engagés sur un front de 40 km dans la monstrueuse et désastreuse « offensive Nivelle » qui sera à l'origine des mutineries que l'on sait. Malgré le catastrophique échec global de cette attaque, le 93ème s'illustre le 23 avril par la prise de l'importante « tranchée de Dresde » et le 5 mai par la capture de 750 prisonniers ! Exténués, René et les survivants du 93ème sont relevés le 10 mai.

 

On les retrouve ensuite au repos, près de Compiègne, puis à Ecouen et Gonesse, près de Paris, et enfin, à partir du 13 juin, à Orvillers-Sorel. C'est sans doute pendant cette période de repos que René apprend la mort de son frère Henri (53/75)... Le 24, le régiment vendéen remonte en ligne devant Saint Quentin, sur la rive gauche de la Somme. Il y reste jusqu'au 1er septembre puis rejoint des cantonnements de repos autour de Monthiers avant de remonter au Chemin des Dames à partir du 24, notamment dans les secteurs de Maison Rouge et de Pargny-Filain.

 

Le 23 novembre 1917, alors que ses compagnons d'armes partent au repos près de Villers-Cotterêts, le soldat Moriceau reçoit l'ordre de rejoindre le 233ème Régiment d'Infanterie, en Flandre. René fait sans doute le voyage avec 206 hommes du 293ème R.I., autre régiment vendéen qui combattait dans le même secteur du Chemin des Dames, et qui vient d'être dissout. Cette réorganisation permet ainsi de « recomplémenter » le 233ème qui a subi des pertes importantes sur le front belge au cours des mois précédents. René et ses nouveaux camarades y reforment ensemble la 13ème compagnie.

 

D'abord mis à la disposition du Génie pour différents travaux d'empierrage et de réfection des routes dans le secteur belge de Woesten, René et son nouveau régiment regagnent la France le 3 décembre. Quittant leurs cantonnements de Bambecque et de Wylder, ils embarquent, le 8, en gare de Bergues pour Lillers, dans le Pas-de-Calais. Du 9 au 29 décembre 1917, René et son régiment vont accomplir, par courtes étapes, dans le froid et, certains jours, dans la neige, une marche de 250 km pour rejoindre Barcy et Marcilly, dans les environs de Meaux. Mis au grand repos, ils vont y rester jusqu'au 18 janvier 1918. A cette date, ils embarquent dans les trains qui vont les conduire à Fismes, entre Soissons et Reims.

 

Dans la nuit du 21 au 22 janvier, le 233ème R.I. remonte au Chemin des Dames, dans le secteur de Craonnelle et de Pontavert, pour y effectuer des travaux de remise en état et de défense. Mais nous ne sommes plus au printemps 1917 ! Le secteur est alors beaucoup plus calme : les tirs d'artillerie sont sporadiques et les pertes très faibles. Le 6 février, René et ses camarades prennent position en première ligne pour y mener les mêmes travaux ; ils y restent jusqu'au 8 mars. Suivra une période de repos et d'instruction d'une quinzaine de jours à Mont-sur-Courville.

 

Le 21 mars 1918, les Allemands, renforcés par les régiments revenus du front russe, lancent la "grande offensive du printemps" en commençant par « l'Opération Michael » qui a pour but de percer le front et de reprendre la guerre de mouvement avant l'arrivée prochaine des Américains. Dans la nuit du 22 au 23 mars, René et son régiment sont mis en alerte et dépêchés par « camions auto » vers Soissons d'abord, puis, dans la nuit du 24 au 25, plus à l'ouest, vers Noyon qui apparaît comme un point faible sur l'axe de pénétration de l'armée allemande.

 

D'abord placé en réserve à Happlincourt, le bataillon de René, le 4ème, reçoit, au milieu de l'après-midi, l'ordre de se porter sur la route de Crisolles, localité qui vient de tomber aux mains des Allemands. René fait partie de la compagnie de tête : « La 13ème Compagnie, marchant en tête du 4ème Bataillon dépasse Poilbarbe vers 18h15 et atteint la ferme des Usages où elle reçoit, à 18h40, l'ordre d'appuyer la contre-attaque ». Mais déjà « à partir de 18h l'attaque ennemie se généralise à l'est comme à l'ouest de la route »...

 

Les soldats du 233ème, comme ceux des autres régiments engagés, sont rapidement pris en étau et débordés par le nombre et la puissance des assaillants. Une débandade générale s'ensuit : « Vers 21h […] le 233ème est plus ou moins disloqué au sud des pentes du Mont Saint Siméon ». Dans ces conditions, les Allemands n'ont pas de mal à s'emparer de Noyon et à rejeter « les débris » des régiments français au delà de l'Oise où ces derniers tenteront, après minuit, de se reformer et d'organiser, tant bien que mal, une nouvelle ligne de défense...

 

Mais, dès ce moment, le soldat Moriceau manque à l'appel. Il est déclaré « disparu », comme 59 de ses camarades, à la date du 25 mars 1918, trois jours avant son vingt et unième anniversaire... Courant avril, la nouvelle arrive à La Chaussée. Les parents de René, qui ont déjà perdu l'aîné de leurs fils l'année précédente, nourrissent-ils encore quelque espoir ? Le temps passe, les laissant dans l'angoisse ou la résignation, jusqu'à la mi-octobre, quand le dépôt du régiment de René, replié à Cognac, adresse un renseignement au maire de La Chevrolière : « Le Ministère de la Guerre nous informe qu'il a reçu une liste officieuse de la Croix Rouge de Genève lui faisant connaître qu'une plaque d'identité portant les inscriptions suivantes : Moriceau F. [le premier prénom de René était François], classe 1917, 13ème Cie du 233ème R.I. […] a été transmise par un feldlazaret au bureau central des successions allemandes, sans autre renseignement »...

 

Comment interpréter cette information ambiguë ? Quelqu'un aura sûrement expliqué aux parents de René que le « feldlazaret » est un hôpital de campagne et qu'avoir transmis sa plaque d'identité à un « bureau des successions » n'augure rien de bon... Pourtant la Croix Rouge ne mentionne pas formellement la mort de leur fils... Et si René n'était pas mort ? L'espoir est mince, mais il existe. Et si René était bien vivant dans un camp de prisonniers quelque part en Allemagne ? Moins d'un mois plus tard, le 11 novembre, les cloches de l'église sonnent à toute volée pour annoncer l'armistice : la guerre est finie... Mais pour les parents de René l'incertitude se prolonge : va-t-il rentrer ? Dans quel état ?

 

Les mois passent, sans aucune nouvelle, jusqu'à ce jour fatal de juillet 1919 où ils reçoivent enfin un avis du dépôt du 233ème R.I.: le soldat René Moriceau est mort des suites de ses blessures dès le 3 avril 1918 à l'ambulance allemande de Saint Quentin. Blessé et abandonné sur le champ de bataille au moment de la retraite précipitée de son régiment, René avait été fait prisonnier par les Allemands, puis avait été transféré à une quarantaine de kilomètres de là, vers l'une de leurs ambulances où il devait mourir neuf jours plus tard...

 

Après la guerre, les parents de René quittent La Chaussée pour L'Angle où ils vivent en compagnie de leur dernier fils, Marcel, maçon chez Amiand puis chez Brochet, entrepreneurs au bourg. Henri Moriceau, le père, qui avait souscrit pour la somme non négligeable de 70 Francs à la construction du Monument aux Morts, s'éteint en 1923. Deux ans plus tard, Marcel quitte L'Angle pour épouser Juliette Boutin, de Passay. Mais le troisième et dernier des frères Moriceau mourra lui-aussi prématurément, en 1928, l'année même de la naissance de son fils unique, Marcel.

 

Mis en ligne le 28 octobre 2016

 

 

 

 

 

 

62 / 75   Emmanuel BACHELIER, le tirailleur de La Michellerie

 

 

 

 

Le 12 novembre 1895 était célébré à La Chevrolière le mariage de Jean-Marie Bachelier, né 25 ans plus tôt au Pas Rivière, en Pont-Saint-Martin, avec Aimée Padiou, âgée de 19 ans, de La Michellerie. Le jeune couple de cultivateurs s'installe au domicile des parents de la mariée où naît bientôt, le 10 septembre 1896, un premier fils, Emmanuel Jean Marie Bachelier.

 

Quelques années plus tard, en 1903, Aimée met au monde un second fils, Joseph, qui ne vivra que 4 mois. Les époux Bachelier n'auront pas d'autre enfant et Emmanuel restera, de fait, « fils unique ». Après le temps de l'école, il rejoint son père et son grand-père pour travailler sur la ferme. Appartenant à la classe 1916, il est appelé par anticipation dès mars 1915 mais il est ajourné pour « faiblesse ».

 

Emmanuel repasse devant le conseil de révision l'année suivante. Il est alors déclaré « bon pour le service armé ». Il est incorporé au 93ème Régiment d'Infanterie, à La Roche-sur-Yon, le 3 septembre 1916. Curieusement, il va rester au dépôt du régiment près d'une année entière avant de monter au front. Nous ignorons les raisons de ce long maintien « à l'Intérieur » ; est-il tombé malade ou a-t-il été blessé pendant son instruction ? A-t-il été affecté à une tâche particulière qui le requérait à la caserne Travot ?

 

C'est seulement en août 1917 qu'Emmanuel reçoit une feuille de route pour le 1er Régiment de Tirailleurs Algériens. Il quitte La Roche-sur-Yon pour rejoindre Hermonville le 17, au nord-ouest de Reims, où son nouveau régiment vient d'être relevé. Notre Chevrolin profite alors d'une longue période de repos, à Passy-Grigny puis à Vandières, pour se familiariser avec l'unité de l'armée d'Afrique à laquelle il vient d'être affecté. Enfin, le 17 septembre 1917, Emmanuel découvre les tranchées et connaît le baptême du feu dans le secteur de Guyencourt.

 

Le 1er R.T.A. restera jusqu'à la fin mars 1918 sur ce segment du front de Champagne, entre Reims et l'extrémité Est du Chemins des Dames, alternant les périodes de combat et les périodes de réserve : « dix jours en première ligne, dix jours en réserve de sous secteur, dix jours en réserve de corps d'armée à la disposition de l'artillerie ou du génie ». Après le secteur de Guyencourt, Emmanuel combattra successivement sur les secteurs proches d'Hermonville en octobre, de Châlons-le-Vergeur début novembre, de Chenay entre novembre et décembre, puis de Champigny entre fin janvier et fin mars. Entre temps il aura goûté aux « cantonnements de repos » de Chavot-Courcourt et de Damery, autour d'Epernay, où le régiment est « reconstitué » à la mi janvier.

 

Le 29 mars 1918, alors qu'il vient d'être relevé et envoyé au repos, le 1er R.T.A. est mis en alerte et immédiatement « enlevé en auto » vers Wavignies, 140 kilomètres plus à l'ouest. En effet, la grande offensive allemande du printemps 1918 fait rage et il s'agit de lui opposer au plus vite les forces capables de la bloquer. Ils arrivent dans l'Oise le 31 mars, au moment même où les Allemands viennent d'être stoppés. Emmanuel et son régiment montent alors à la rencontre de l'ennemi, le 4 avril, par Bonvillers, Bacouël et Roquencourt. L'objectif est double : consolider nos positions et contre-attaquer !

 

Le lendemain, 5 avril, les tirailleurs avancent vers Cantigny et Le Plessier en Grivesnes. C'est là, tout au sud du département de la Somme, qu'ils entrent au contact de l'ennemi et prennent part à ce que l'on va appeler la bataille de l'Avre. Le premier bataillon, auquel appartient Emmanuel, doit prendre d'assaut la ferme de La Folie, tandis que les autres bataillons s'empareront du bois de l'Alval ; l'heure H est fixée à 15 heures.

 

Voici le récit de l'attaque, tel qu'on peut le lire dans le journal régimentaire : « les tirailleurs sortent de la tranchée de départ, la baïonnette haute […] Après une progression lente de 150 à 200 m des vagues d'assaut qui ont, au début, profité d'un moment de surprise de l'ennemi, de nombreuses mitrailleuses allemandes entrent en action. Des rangs entiers sont fauchés. Les vagues continuent à progresser à l'allure indiquée par l'horaire. Mais les pertes causées dans la ligne sont sévères et tant d'officiers sont déjà tombés dès le départ […] que les officiers survivants sont obligés, pour continuer à marcher en avant, de progresser par petits groupes et par bonds successifs, en rampant. Aucune infiltration n'est productive sur ce glacis balayé de toutes parts et littéralement rasé par une nappe de feu ; le médecin-chef du régiment a signalé plusieurs blessés qui ont été touchés alors qu'ils étaient aplatis, le nez collé au sol ; la balle qui les atteints a tracé un sillon sur leur dos […] La progression, même par petits groupes, devient impossible : on tente alors la progression homme par homme. Mais le feu des mitrailleuses allemandes est toujours aussi nourri : tout homme qui se relève est aussitôt pris pour cible […] A 16h30, la progression est entièrement arrêtée [puis, comme pour « finir le travail »,] des avions allemands volent très bas et mitraillent les tirailleurs »...

 

Ce sanglant échec, dont on cherchera plus tard les causes dans une préparation d'artillerie très insuffisante, met, en moins de deux heures, 609 tirailleurs hors de combat ! On dénombre 94 tués, 30 disparus et 485 blessés, dont notre Chevrolin. Emmanuel Bachelier est évacué le lendemain, 6 avril 1918, à l'Hôpital Auxiliaire n°3 de Beauvais installé dans les murs du Collège du Saint-Esprit. Il y meurt, le même jour, « des suites de blessures de guerre »...

 

L'administrateur de l'hôpital, un certain D'Aubigny, cherche alors à prévenir sa famille, dont il ignore l'adresse. Voici la lettre, datée du 7 avril, qu'il adresse au maire de Bouguenais : « Monsieur le Maire, D'une lettre trouvée sur le soldat Bachelier Emmanuel […] il semble résulter qu'il est très connu d'un nommé Clouet Jean-Baptiste à La Basse-Boultière, Bouguenais, Loire-Inférieure. Veuillez faire prévenir par lui sa famille qu'il est arrivé mourant hier dans notre hôpital et qu'il y est décédé quelques instants après, après avoir été administré. L'enterrement aura lieu demain, 8, par nos soins, à Beauvais : il a le numéro 425 des décès de l'Etat-Civil. Veuillez agréer Monsieur le Maire, mes tristes et dévoués sentiments... » Le maire de Bouguenais, Louis Moreau, lui retourne sa lettre le 12 avril avec ces mots : « Renseignements pris auprès de la famille Clouet, il s'agit de Emmanuel Bachelier de La Michellerie, commune de La Chevrolière. Transmis à Monsieur le Maire de cette commune avec prière de prévenir la famille s'il le juge utile. »

 

Jean-Baptiste Clouet, natif de La Chevrolière et marin de son état, se trouvait alors à Paris où il servait comme quartier-maître au dépôt des Equipages de la Flotte. Nous n'avons pas retrouvé l'origine de la relation, sans doute amicale, qu'il entretenait avec notre tirailleur, mais nous savons que la mère de cet homme, Angèle Lhommelet, avait longtemps vécu à La Michellerie avant son mariage et qu'elle y avait forcément connu la mère d'Emmanuel...

 

Les parents Bachelier, qui ont quitté La Michellerie pour La Chaussée, apprendront plus tard, bien piètre consolation, que leur fils unique a été cité à l'ordre du régiment, le 19 avril 1918, en ces termes : «  Tirailleur français, brave et méritant, a été grièvement blessé en montrant à ses camarades le plus bel exemple de courage », et qu'il a été décoré à titre posthume de la Croix de Guerre avec Etoile de Bronze...

 

Mis en ligne le 18 novembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

62 bis / 75   Constant PADIOU, le soldat oublié

 

 

 

 

Bien que domicilié à La Chevrolière au moment de sa mobilisation, bien que Mort pour la France dans les conditions que nous allons relater, Constant Padiou ne figure pas sur le Monument aux Morts de notre commune. Cet « oubli », le seul à ma connaissance, reste, pour le moment, inexplicable. Son homonymie partielle avec Emile Padiou (59/75) serait-elle la cause d'une confusion ? Pourtant, les Tables Mémoriales de l'église distinguent bien les deux hommes. Afin d'éviter ce qui serait une nouvelle injustice faite à sa mémoire, j'ai décidé de retracer son parcours en lui attribuant simplement un numéro particulier.

 

Constant Emile Auguste Marie Padiou est né au Planty le 13 novembre 1896. Quatrième et dernier enfant d'Auguste Padiou et de Marie Guilbaud, il est le frère de Georges (57/75) dont nous avons déjà esquissé la biographie. Ce jeune cultivateur n'a pas 19 ans lorsqu'il est appelé par anticipation, le 8 avril 1915. Il quitte la ferme du Planty le lendemain et rejoint Quimper où il est incorporé au 118ème Régiment d'Infanterie.

 

Après y avoir fait ses classes, il passe au 151ème Régiment d'Infanterie le 29 avril 1916 et monte au front à cette même date. Il fait partie du renfort de « quatre sergents, huit caporaux et 119 soldats » du 118ème qui arrivent le 2 mai à Saudrupt où le 151ème, au repos, est en train de se reconstituer après avoir été décimé sur le champ de bataille de Verdun. Le 5 mai le nouveau régiment de Constant remonte en « camions autos » et en train vers le secteur du Mort-Homme où il reprend position, « après la soupe ». Jusqu'au 23 mai, Constant et ses camarades subiront là d'effroyables bombardements, quasi incessants...

 

Après une période de repos à Saudrupt puis à Harmonville dans les Vosges, le 151ème est envoyé sur le front lorrain alors beaucoup plus calme. Du 10 juin au 22 août, le 151ème R.I. occupe le secteur d'Emberménil, au nord-est de Lunéville. Les fusillades et les tirs d'artillerie très sporadiques qu'ils doivent subir pendant cette longue période estivale n'ont plus rien à voir avec l'enfer de Verdun...

 

Le 22 août 1916, alors que le gros de son régiment part au repos à Remenoville, Constant est informé qu'il passe, avec plusieurs dizaines de ses camarades, au 153ème Régiment d'Infanterie. Il prend alors la direction de la Seine-Inférieure où son nouveau régiment, « au grand repos », reçoit de nombreux renforts et se reforme, près de la mer, autour de Tocqueville-sur-Eu. Il est affecté au 2ème bataillon, 6ème compagnie. Ces circonstances particulières permettent à Constant d'obtenir dès septembre une permission assez longue pour pouvoir venir à La Chevrolière et revoir sa famille. Une émouvante photo, dont nous avons déjà parlé, le montre, au Planty, en compagnie de son frère Georges...

 

De « retour au corps », notre Chevrolin suit de longues périodes d'instruction et de manœuvre qui ne prennent fin que le 16 novembre lorsque son régiment monte sur le front de la Somme, dans le secteur de Sailly-Saillisel. En ligne du 23 novembre au 1er décembre 1916, le 153ème souffre autant du froid et de l'humidité que des bombardements pourtant intenses que lui inflige l'artillerie allemande : « état sanitaire médiocre ; beaucoup d'hommes se plaignent de gelure des pieds […] un certain nombre sont évacués », dont Gustave Padioleau, de Saint Philbert, qui combat aux côtés de Constant, à la 6ème compagnie.

 

Une fois relevé, le régiment fait mouvement vers Lorey, en Lorraine, où il arrive le 7 décembre pour une période de repos qui durera jusqu'au 14 janvier 1917. De là, le 153ème embarque, le 15, pour Château-Thierry, puis poursuit son chemin par « voie de terre » vers le front de l'Aisne et les secteurs de Moussy et de Vendresse. A partir du 16 avril, il participe à « l'offensive Nivelle », sur le Chemin des Dames, et occupe, en mai, le secteur de Braye-en-Laonnois malgré un véritable déluge de bombes.

 

Le 2 juin, Constant et son régiment reprennent la direction de la Lorraine et, après trois semaines de repos, vont défendre « la ligne de la Seille », au nord de Nancy, entre Pont-à-Mousson, Nomény et Jeandelaincourt. Ils restent près de sept mois dans ce secteur relativement calme du front lorrain avant d'embarquer, le 11 janvier 1918, pour Verdun. Constant doit sûrement se souvenir que c'est là qu'il a connu son baptême du feu près de deux ans auparavant, en mai 1916, dans l'enfer du Mort Homme...

 

En ce début d'année 1918, même si la « bataille de Verdun » est finie depuis plus d'un an, la situation y reste difficile. Le 153ème, qui vient d'être décoré de la fourragère, va tenir et réaménager le sous-secteur de Mormont-Est entre le 18 janvier et le 30 mars malgré des conditions climatiques déplorables, un terrain bouleversé et une forte activité ennemie. Régulièrement attaqué par « obus toxiques », le régiment de Constant devra évacuer 390 soldats « ypérités » entre le 14 et le 28 mars. Parmi eux se trouve Eugène Padiou 1, un soldat philibertin sans lien de parenté avec Constant, mais qui l'avait suivi comme son ombre depuis le jour de leur mobilisation et qui combattait encore dans la même compagnie...

 

Après quelques jours de repos à Laheycourt, le 153ème quitte la Meuse et va embarquer le 19 avril à Givry-en-Argonne. Il prend la direction des Flandres où il arrive le lendemain et cantonne à Stenvoorde et Winneseele. Le 23 avril, Constant et son régiment font mouvement vers la Belgique où ils sont placés en réserve d'armée, au sud de Poperinghe, alors que la troisième bataille des Flandres fait rage depuis déjà deux semaines et que la progression allemande y est inquiétante.

 

Mais laissons plutôt l'officier chargé de la tenue du journal de marches nous raconter les inévitables combats qui vont suivre : « Dans la nuit du 24 au 25 avril, les Allemands s'emparent du Mont Kemmel. Le 25 à 9h l'ordre de se tenir prêt à partir parvient au régiment. Sur un nouvel ordre reçu par téléphone, le régiment se met en marche à 13h […] Le régiment est prêt à s'engager sur la ligne Millekruis-Scherpenberg en soutien du 22ème R.I. (28ème D.I.). Le 153ème est en liaison à gauche avec les Anglais, à droite avec le 156ème. En réserve de division, le 146ème. A 23h, le régiment reçoit un ordre de contre-attaque envisageant la reprise immédiate du Kemmel le lendemain matin à 3h [...]

 

Le régiment s'engage à 3h en direction du Mont Kemmel sur un terrain détrempé qu'il ne connaît pas, dans une obscurité complète. En première ligne à gauche le 1er bataillon, à droite le 2ème, en réserve le 3ème bataillon. Le régiment dépasse la première ligne française et progresse tout d'abord puis vient se heurter à des forces allemandes qui s'avancent en direction de Poperinghe, leurs éléments avancés porteurs de casques français, ce qui dans l'obscurité de la nuit puis dans le brouillard du matin contribue fortement à jeter dans nos rangs le trouble et la confusion.

 

Sur tout le front se livrent des combats acharnés. Nul ne consent à céder le moindre terrain. Finalement, les Allemands étonnés de rencontrer une résistance aussi opiniâtre sont obligés de s'arrêter et de se cramponner au terrain. En face d''eux, nous nous organisons également ... » C'est au cours de ces impitoyables combats rapprochés du 26 avril 1918 que le soldat Constant Padiou trouve la mort, « foudroyé par une grenade » au dire de ses camarades rescapés 2.

 

Les « services de comptabilité » des régiments engagés au Mont Kemmel sont complètement débordés par la tâche que représente pour eux l'identification de plusieurs milliers de soldats tués, écrasés sous les bombes et « disparus ». Pendant longtemps on croit Constant « disparu aux combats de Kemmel, présumé prisonnier ». Un avis du 153ème R.I. le prétend encore le 18 février 1919, alors qu'on a pourtant relevé, identifié et inhumé sa dépouille au cimetière de Locre, le 17 décembre 1918... Cette insupportable confusion ne prendra fin qu'en juin 1919 quand un avis officiel le disant « tué à l'ennemi » arrivera enfin au Planty, information qui sera confirmée par jugement en octobre 1920. Sa dépouille quittera la terre belge pour être rapatriée à La Chevrolière le 21 mai 1922.

 

 

Photo de Constant Padiou, septembre 1916 (Collection Jean-Luc Padiou).

 

 

1  Eugène Padiou (1896-1978) : évacué le 20 mars, il réintègrera le régiment le 4 mai.

 

2  Parmi eux, peut-être Constant Perraud, du bourg. De la classe 18, il était arrivé à la 6ème compagnie le 21 mars et a été fait prisonnier au Mont Kemmel le 26 avril.

 

Mis en ligne le 9 décembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

63 / 75   François BRUNETEAU, le vicaire

 

 

 

François Bruneteau n'est pas originaire de La Chevrolière mais de Saint Même-le-Tenu. Son grand-père, Julien, y avait repris la ferme de La Corbellerie dans les années 1850. François Honoré Marie Bruneteau est né le 27 janvier 1881, dans cette ferme assez grande pour abriter quinze personnes dont trois domestiques ! Il y passe son enfance en compagnie de ses trois sœurs, Marie, de deux ans son aînée, Thérèse et Joséphine, plus jeunes de quatre et cinq ans, et de ses deux frères, Joseph et Emmanuel, nés en 1888 et 1889. François aura une dernière sœur, Anna, en 1891, mais il la connaîtra peu puisqu'il part la même année en internat.

 

En effet, François ne prendra pas la suite de son père. Se montre-t-il doué pour les études ou animé par une vocation précoce ? Toujours est-il qu'il quitte la ferme familiale en 1891 pour rejoindre ou bien le collège Saint Joseph de Machecoul, ou bien le petit séminaire des Couëts. Une fois ses études secondaires terminées, il entre au grand séminaire de Nantes situé alors rue Saint Donatien (actuelle rue Dufour). Exempté du service militaire pour «cicatrice adhérente au maxillaire gauche », il est ordonné dès juin 1904 par Monseigneur Rouard.

 

Notre jeune prêtre de 23 ans est alors nommé professeur au petit séminaire de Guérande. Mais il n'y reste que deux ans. En effet, la toute récente loi de séparation des Eglises et de l'Etat menace l'existence du petit séminaire et l'Abbé Bruneteau est envoyé comme vicaire à La Grigonnais, auprès du curé Legoff, en octobre 1906, deux mois seulement avant que les bâtiments ne soient mis sous séquestre et que les élèves et leurs professeurs ne soient tous expulsés...

 

Après sept années passées dans le canton de Nozay, François revient au Pays de Retz : le voici nommé vicaire à La Chevrolière en février 1913. Cette nomination doit peut-être quelque chose au nouveau curé ou, au moins, à la providence : Etienne Robin, installé au mois de décembre précédent, est en effet lui aussi originaire de Saint Même ! L'Abbé Bruneteau sera également rejoint sur la commune par l'un de ses frères, Joseph, qui, engagé par le comte de Bellisle, réside à La Freudière à partir de juin 1913.

 

L'Abbé remplit alors les tâches habituellement dévolues aux vicaires comme le catéchisme ou les œuvres paroissiales. A ce titre, il organise, par exemple, une grande fête gymnique qui se déroule à La Chevrolière, "sur la prairie de Villegais", le 20 juin 1913 et qui réunit, outre l'Herbadilla alors en plein essor, la Laetitia de Nantes, les Montagnards et l'Etoile du Lac de Saint Lumine. Il s'occupe aussi de l'ouverture prochaine de l'école libre de garçons (actuelle rue Alfred Lemaître) qui sera inaugurée le 28 septembre. A partir de cette date il est rejoint par l'Abbé Gasnier, un second vicaire fraîchement ordonné, qui assurera la fonction d'instituteur.

 

Cette carte (Collection Claude Visonneau) n'aurait-elle pas été éditée lors du concours de juin 1913 ?

L'Abbé Bruneteau ne serait-il pas alors l'un des deux prêtres assis au premier rang, à gauche ?

 

Quand la guerre éclate, l'Abbé Bruneteau a déjà 33 ans. A peine a-t-il assisté au départ des jeunes gens de la commune qu'il est amené à célébrer des offices à la mémoire de ceux d'entre eux qui sont déjà tombés au Champ d'Honneur... On n'en compte pas moins de 19 quand lui-même reçoit sa feuille de route, le 31 mai 1915, au lendemain de la communion solennelle qu'il a présidée en remplacement du curé. Il rejoint immédiatement la 11ème Section des Infirmiers Militaires à la caserne Bedeau, rue Gambetta, à Nantes, et y passe deux jours avant d'être finalement « renvoyé dans ses foyers » : on l'avait appelé par erreur, les infirmiers de sa classe n'étant pas encore mobilisables.

 

Mais ce sursis est de courte durée et l'Abbé Bruneteau, après avoir passé un été de plus à La Chevrolière, est appelé, pour de bon, le 20 octobre 1915. Il est alors remplacé par un « vicaire temporaire », l'Abbé Richard, qui arrive de Saint Mars de Coutais. Comme plus de la moitié des ecclésiastiques mobilisés pendant la Grande Guerre, François Bruneteau est affecté au service de santé. Il se retrouve infirmier après une courte période de formation au dépôt de la 11ème S.I.M. Envoyé ensuite dans la zone des Armées, il est successivement affecté à plusieurs hôpitaux militaires situés en arrière du front lorrain.

 

Malheureusement, à partir de là, le manque de documents ne nous permet pas de retracer précisément son parcours. On sait seulement qu'il a d'abord servi à l'hôpital complémentaire n°10 de Vittel et plus particulièrement au Pavillon de Cérès, élégante annexe du Grand Hôtel aujourd'hui disparue, qui abrite alors 240 lits. Plus tard, on le retrouvera à Contrexéville puis à Toul...

 

Pendant deux ans et demi, le soldat-infirmier Bruneteau soigne les blessés de guerre et accompagne les mourants sans qu'on puisse dire précisément où ni dans quelles conditions. On ne retrouve sa trace qu'au printemps 1918 quand il est lui même admis à l'hôpital complémentaire n°58 de Legé.

 

          Couvent de la Visitation, de sa construction en 1893 jusqu'à sa fermeture en 1904,

          cet ensemble imposant devient l'hôpital complémentaire n°58 entre 1914 et 1919.

 

Y a-t-il été transféré après être tombé malade dans une « formation sanitaire » de la zone des Armées ? Ou bien servait-il déjà dans cet hôpital de 120 lits, dont on sait qu'il recueillait des soldats tuberculeux depuis mars 1916, avant d'être lui-même contaminé ? En tout cas, c'est là, dans l'ancien couvent des Visitandines, qui deviendra petit séminaire dans l'entre-deux-guerres, qu'il meurt, le 13 juin 1918, des « suites de maladie contractée au service »...

 

N'ayant pas été inhumée dans le carré militaire du cimetière de Legé, on peut supposer que sa dépouille a été ramenée à Saint Même, à la demande de sa famille. Le nom de François Bruneteau ne figure d'ailleurs pas seulement sur le Monument aux Morts de La Chevrolière mais aussi sur celui de sa commune natale, juste au-dessous du nom de son plus jeune frère, Emmanuel, tué dans l'Aisne à deux mois d'intervalle...

 

Une dizaine d'années après sa mort, le hasard a voulu qu'un lointain parent de l'Abbé s'installe au bourg de La Chevrolière et y devienne une figure connue et estimée. En effet, en 1928, un arrière-petit-neveu de son grand-père, Hippolyte Bruneteau, compagnon forgeron, viendra s'y marier 1 et s'y établir à l'issue de son tour de France.

 

 

 

 

 

1: Il épouse Madeleine Courjeaudin dont le père, décédé en 1915, tenait déjà forge et café aux 33 et 46 Grand'Rue. Plus tard leurs activités se diversifieront : pompe à essence, mécanique agricole, cycles, électro-ménager...

 

Mis en ligne le 30 décembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

64 / 75   Christophe BOUCHAUD, « brave entre tous »

 

 

 

 

Le lendemain de la mort du soldat-infirmier Bruneteau, à l'hôpital de Legé, tombait au front le caporal Bouchaud âgé de 24 ans. Comme lui, Christophe Julien Marie Bouchaud était un Chevrolin d'adoption. Né à La Brenière, sur la commune de Montbert, le 28 janvier 1894, il avait suivi ses parents, cultivateurs, au Bignon, vers 1900, puis à La Freudière, au printemps 1913, en compagnie de son frère aîné, Louis (32/75), dont nous avons déjà retracé le parcours.

 

Appartenant à la classe 14, le jeune homme est appelé sous les drapeaux un mois après son frère, le 7 septembre 1914. Il quitte alors La Freudière pour la caserne Tharreau, à Cholet, où il est incorporé au 77ème Régiment d'Infanterie. Après une formation militaire de base, les 248 jeunes recrues dont il fait partie, et parmi lesquels se trouvent plusieurs autres Chevrolins comme Clément Biton du Plessis (16/75), rejoignent le front belge dès le début décembre.

 

Le 77ème, qui vient de participer à la bataille des Flandres, tient désormais des positions défensives autour de la ville d'Ypres. C'est là, sous la pluie ou sous la neige, que le soldat Bouchaud découvre la vie en première ligne, dans des tranchées boueuses, où la maladie et les gelures sont autant à craindre que les balles et les grenades provenant de tranchées ennemies parfois toutes proches.

 

Pendant l'hiver 1914-1915, les sorties se succèdent dans les secteurs de la « Butte aux Anglais » ou du château d'Herenthage pour prendre ou reprendre telle ou telle tranchée occupée par les Allemands. Ces attaques, souvent vaines, se soldent à chaque fois par nombre de tués et de blessés... Vers la fin février, Christophe se trouve-t-il loin de Clément Biton, quand celui-ci, mortellement touché, est évacué du champ de bataille ?

 

Un mois plus tard, le 23 mars 1915, la veille du jour où le 77ème allait enfin être relevé sur ses positions de Zillebeck pour se rendre au repos autour de Doullens, dans la Somme, Christophe a la « malchance » d'être blessé par balle au bras droit. Après quelques semaines de soins, il rejoint ses camarades sur leurs cantonnements de repos. Est-il de retour pour la « fête du régiment », le dimanche 18 avril, au cours de laquelle on joue au « foot-ball » et on assiste à un concert en présence des officiers supérieurs de la 18ème Division d'Infanterie ?

 

Fin avril, le régiment de Christophe revient une dernière fois sur le front des Flandres. Il prend position « le long du canal de l'Yser, à 1200 m à l'Est du pont des péniches ». En mai, il glisse vers le Sud et participe à la bataille d'Artois entre Béthune et Arras. Il a mission d'appuyer l'avancée réalisée par la Division Marocaine. Mais l'attaque de la cote 140, le 16 juin, se conclut par un échec cuisant et la mise hors de combat de 780 hommes...

 

Le 2 juillet 1915, le 77ème est mis au repos à Verchin. A l'occasion de la Fête Nationale, Christophe et ses camarades se voient gratifiés d'un spectacle haut en couleur : « un carrousel donné par la cavalerie indienne de l'armée britannique » ! Après une assez longue période de réserve ponctuée de manœuvres, de travaux divers et d'une fameuse revue passée le 23 août par le Président de la République et le Roi des Belges, le régiment choletais remonte en première ligne début septembre dans le secteur d'Agny-Sud.

 

A partir du 15 septembre, Christophe et son régiment participent, en deuxième ligne, à une attaque générale sur le front d'Artois dont le seul but est de faire diversion à la grande offensive qui se déroule simultanément en Champagne. Pendant que Christophe combat en Artois, son frère, Louis, est engagé en Champagne. Le 29 septembre, pendant que le premier est relevé, le second tombe au Champ d'Honneur...

 

De la mi octobre 1915 au début janvier 1916, le 77ème R.I. est affecté au secteur Nord de Loos-en-Gohelle en liaison avec des unités anglaises. En février, il occupe le secteur du Bois en Hache puis, début mars part « au grand repos » autour de Berck-Plage. Mais la guerre n'est pas finie et le 13 avril le 77ème embarque à Breteuil-Ville dans les trains qui le conduisent vers l'Est. Notre régiment débarque en gare de Valmy, puis, par voie de terre, rejoint Verdun. Il prend position le 28 avril 1916 dans le secteur du Bois Camard, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de la ville.